Présenter un concert

Mardi 12 janvier 2021
Présenter un concert | Maison de la Radio

Benjamin François : « Les musiciens étaient en larmes »

 
Depuis combien de temps présentez-vous des émissions à la radio ?
J’ai commencé en 2002. J’ai d’abord présenté une émission sur France Bleu Nord pendant deux ans, puis j’ai commencé à présenter des concerts sur France Musique en 2004.
 
Quelle est la différence entre la présentation d’une programmation musicale et la présentation d’un concert ?
Présenter un concert, c’est partager une émotion immédiate, dans le sens où ce qui se passe devant nos yeux et nos oreilles doit être transmis à l’auditeur de manière sensible… et objective à la fois ! Des informations qui peuvent aider in fine à l’écoute de l’auditeur doivent aussi se retrouver dans la présentation : c’est un mélange de paramètres qui n’est pas forcément le même qu’avec la présentation de disques. Je ne suis peut-être pas tendre avec le disque ! (rires) Pour moi, la musique est vivante ou elle n’existe pas : le disque est une photographie « à l’instant T », une construction extrêmement technique mais qui n’existe pas en réalité. J’ai beaucoup moins d’émotions avec un disque qu’avec un concert, c’est évident.
 
Concert en direct, concert en différé : quels enjeux ?
Le concert en direct, c’est l’excitation maximale pour le présentateur, et je pense aussi pour l’auditeur. À l’inverse : le concert en différé peut avoir été soumis à un léger travail de la bande qui va « permettre » de lisser les imperfections. Or, je plaide pour l’imperfection, et donc pour l’humain ! Il faut noter aussi que, quand nous sommes amenés à diffuser en différé les concerts de la Maison de la radio ou, a fortiori ceux de l’Union européenne de radio-télévision, nous ne possédons pas certaines informations qui relèvent de l’ambiance de la soirée. Heureusement, certains concerts sont filmés et nous donnent (à nous, présentateurs) des indices sur l’émotion du public sur le moment.
 
Ces informations sont-elles intéressantes pour l’auditeur ?
L’auditeur chez lui ou dans sa voiture est, je pense, content d’avoir une idée du remplissage de la salle, et de toutes ces choses qui font partie du domaine « facteur ambiance ». Ce qui nous permet de raccrocher des personnes qui nous écoutent par hasard, et qu’il faut intéresser : il faut savoir jouer sur toutes les touches du piano ! Il faut s’adresser à tout le monde, même à l’auditeur qui nous écoute pendant deux minutes, après avoir écouté une émission d’informations. S’il ressent une émotion, c’est gagné ! Mais ce n’est pas toujours facile. 
 
Y a-t-il un ton « présentation de concert » ?
Oui, et qui ne passe pas forcément par le laudatif pour dire à quel point les interprètes sont exceptionnels ! Je suis assez pudique là-dessus. Je penche plutôt pour une présentation qui met la musique en avant, en parlant ensuite des interprètes de façon objective.
 
Un souvenir particulier ?
Un souvenir tout récent : John Eliot Gardiner à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, dans la Troisième Symphonie de Brahms*. Là, c’était vraiment pour moi un des concerts que je placerai en tête de tout ce que j’ai pu écouter depuis que je suis à Radio France. Les musiciens étaient en larmes. Je précise que c’est extrêmement rare. J’ai vu le premier hautbois se précipiter sur le chef pour lui faire part de son émotion. C’est un concert qui s’est fait dans des conditions très particulières : ils avaient décidé en vingt-quatre heures de remplacer le Requiem allemand de Brahms par sa Troisième Symphonie pour raisons sanitaires. Il s’est passé quelque chose de magique, en raison de la personnalité de John Eliot Gardiner et de sa conception baroque allemande de l’œuvre, mais aussi en raison des circonstances.
 
Et la différence entre le concert avec et le concert sans public ?
Je dois avouer que j’allais à ces concerts sans public un peu à reculons. Je me disais qu’il allait manquer une dimension. En réalité, il faut reconnaître que le climat est tellement morose en ce moment que nous ressentons chez les musiciens une urgence à jouer, ce qui crée une ambiance extraordinaire, sur fond de manque social. Nous avons senti que l’orchestre était heureux d’être à nouveau un orchestre, même sans public. Et puis il faut préciser que nos formations musicales renouent avec une de leur mission d’origine, qui était de ne jouer que devant les micros, et non pas devant le public. Si les musiciens ont perdu cette habitude, ils sont en train en ce moment de renouer avec leur identité première.
 
Propos recueillis par Christophe Dilys
 
* Le 16 octobre.
 
 
 

Judith Chaine : « Une rage en plus »

 
Quelle différence ressentez-vous entre la présentation d’une émission de programmation musicale et la présentation d’une soirée de concerts ?
Le concert nous met dans la temporalité d’une soirée, quand une émission de programmation musicale n’a pas cette unité de temps : vous essayez certes de faire vivre un voyage avec votre programmation, mais vous ne pouvez pas faire vivre ou revivre une soirée. Le concert en direct est l’exercice le plus captivant. Quand c’est en différé, certes je ne singe pas le direct, car on ne ment pas aux auditeurs, mais j’essaie de faire vivre la soirée, surtout si j’ai réellement assisté au concert.
 
Et dans le cas d’un opéra, comme vous en présentez chaque samedi soir ?
Il y a plusieurs cas de figures qui se présentent dans le cas d’un opéra : soit vous êtes vraiment en direct (avec tous les imprévus électrisants, les retards, les invités qui ne viennent pas, etc.), soit vous êtes en faux direct (vous présentez in situ et en temps réel, et vous ne révélez qu’au début et à la fin que la soirée a été enregistrée), soit vous êtes complètement en différé (et là, vous essayez de reconstituer l’ambiance).
 
Quel est le petit « plus » de l’opéra à la radio ?
Les coulisses. Je me suis battue pour que l’on présente les opéras sur place, et ça change tout. Nous sommes au niveau de la régie scène, donc de l’autre côté du rideau par rapport au public. Il y a une frénésie mais aussi une grande fragilité dans les coulisses : le micro est situé sur le passage entre les coulisses et la scène, ce qui me permet de rendre compte de la personnalité des chanteurs (ceux qui ont besoin de se rassurer auprès du régisseur, d’autres qui font des blagues, etc.) Je veux faire profiter à fond à l’auditeur de ce monde de maquillage, de costumes et de décors. Cela ne casse pas la magie du spectacle, bien au contraire !
 
Quid d’un opéra à présenter sans public ?
Pour Hyppolite et Aricie de Rameau à l’Opéra-Comique très récemment**, il n’y avait pas de public. Ce qui change, c’est qu’il n’y a pas d’applaudissements, ce qui par exemple rend assez délicat le calcul de la fin de la présentation au micro en coïncidence avec l’arrivée du chef d’orchestre. Et puis surtout, nous sommes dans une coquille presque vide : c’est une atmosphère particulière qui est perceptible à la radio par son silence. Dans le cas d’Hyppolite, nous avions une distribution somptueuse et un résultat musical exceptionnel, mais à la fin de la musique… il n’y a rien eu : pas de rappels, pas d’enthousiasme bruyant ! C’est très particulier.
 
Est-ce que l’auditeur peut entendre qu’un artiste chante pour un micro et non pour un public présent ?
Je ne pense pas. Il entend par le présentateur qu’il s’agit d’un huis clos et il sait qu’il n’y aura pas d’applaudissements. Sur scène, musiciens et chanteurs interprètent comme à leur habitude en condition de concert, avec peut-être en ce moment une rage en plus.
 
Propos recueillis par Christophe Dilys
 
** Le 14 novembre.
 
 
 

Christophe Dilys

 
Christophe Dilys, vous signez la chronique « Tendez l’oreille, chaque samedi à 9h55 sur France Musique », mais il vous arrive aussi de présenter des concerts…
Oui, pendant l’été, plusieurs soirs par semaine. J’ai aussi présenté plusieurs concerts du cycle « Le Temps retrouvé », à la fin du premier confinement. Quand on parle de diffusion de concert, il faut marquer la différence avec le disque, donner le sentiment à l’auditeur qu’il vit quelque chose. Il faut faire comprendre la construction du programme (dates, tonalités), trouver les axes, et parfois les deviner sans que celui qui l’a conçu y ait lui-même pensé ! Nous sommes aidés par les programmes de salle de nos concerts, par les radios de l’UER, par les documentalistes de Radio France nous donnent aussi ce que j’appelle des métadonnées, qui nous aident à éclairer l’auditeur. Quand il ne s’agit pas d’un direct, on nous communique même la durée des silences et des applaudissements !
 
Quels sont les plaisirs et les risques du direct ?
Le direct est agréable car on est au cœur de la soirée, on peut demander au réalisateur de capter l’ambiance et de la faire passer sous notre voix. À La Chaise-Dieu par exemple, on est à quelques mètres du plateau, les musiciens passent derrière nous. C’est différent à l’auditorium de Radio France, où le présentateur est dans sa bulle. Le danger, c’est quand l’orchestre tarde à rentrer après l’entracte et qu’on a tout dit ! Je me souviens qu’à La Chaise-Dieu un orchestre anglais, prévu pour 20h, n’est rentré qu’à 20h15 ! Heureusement, il s’agissait d’Israël en Egypte, j’avais des choses à dire mais j’étais en sueur à la fin !
 
Vous évoquez l’entracte : comment le faire vivre à la radio ?
Si le concert est en différé, on imagine une soirée cohérente avec ce qu’on appelle un comblement. S’il est en direct, on essaye d’avoir un chef au micro. Il est plus délicat de faire venir un soliste, surtout s’il doit intervenir après l’entracte et qu’il a besoin de se concentrer. On peut aussi, tout au contraire, considérer l’entracte comme un moment de repos. La question se pose aussi pour l’après-concert : on peut jouer le contraste ou la continuité. Je me souviens, après un concert consacré à Wagner, d’avoir mis à l’antenne Le Roi Arthur de Purcell. Près de deux siècles séparent ces compositeurs, mais ils ont l’un et l’autre puisé dans la même mythologie nordique. Certains raccourcis sont parfois instructifs !
 
Propos recueillis par Christian Wasselin
 

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