Présenter un concert

Saskia de Ville : « La liberté du temps long »

Mercredi 9 juin 2021
Présenter un concert | Maison de la Radio
Saskia de Ville, qu’est-ce qui vous anime ?
Faire connaissance avec les invités, échanger avec les chroniqueurs, les mettre dans le meilleur contexte possible pour qu’ils se livrent. Ce qui me plaît également, c’est le travail qu’il faut fournir pour aller à la rencontre de l’auditeur. Il faut chercher le ton qui convient pour faire passer un contenu quelquefois exigeant, trouver des choses à dire aux musiciens sans fermer la porte aux personnes qui se branchent pour la première fois sur la chaîne.
 
Le ton radiophonique est-il le même que le ton de la vie de tous les jours ?
Je ne pense pas. Le placement vocal est différent. Au micro, il y a une nécessité d’efficacité dans le débit et dans le choix du vocabulaire, qui est moins urgente dans la « vraie vie ». De la part des auditeurs, l’écoute n’est pas la même que dans la conversation : nous parlons à des personnes qui mangent, prennent leur douche ou font le ménage ! Si nous leur parlons sur le ton de la conversation, aucune information ne se détachera. Mes cours de chant me servent à hiérarchiser vocalement compositeur, œuvre et interprète dans mes annonces et désannonces.
 
De tous les exercices, lequel préférez-vous ? Présentation de concerts sur scène ou à la radio, actualité musicale, entretien ?
Vous n’allez pas être content : j’aime tout ! [rires] Chaque fois que je teste une nouvelle forme, je requestionne ma façon de faire… et j’évolue ! Mes Midi Trente du National ne sont sans doute plus les mêmes maintenant que lorsque j’ai commencé il y a quelques années. Radio France, mais aussi la chaîne Arte, laissent beaucoup de place aux différentes expériences et aux manières de faire. Pour répondre à la question, je dirai que c’est quand même la radio. C’est une liberté que j’aime depuis dix ans, ce temps long qui permet de dire tout ce qu’on a à dire.
 
Quelle est la différence entre une matinale de semaine et une matinale du samedi ?
Dans la semaine, nous sommes dans une actualité plus « chaude » : sorties, événements, politique. Le samedi, je me sens plus libre de développer une pensée. L’année dernière, l’accent était placé sur la pédagogie (en accord avec les chroniqueurs et les sujets en région) ; cette année, il s’agit de culture et d’écologie, ce qui ouvre à des sujets un peu différents (musiques actuelles, philosophie, voire musique et fonds marins, etc.), tout en prenant du recul sur les sujets abordés durant la semaine.
 
Quelle est votre spécialité ?
J’ai toujours du mal à répondre à cette question... mais je dirais quand même : la voix ! J’ai un amour fou pour l’opéra. J’en ai fait dans les chœurs d’enfants de la Monnaie de Bruxelles. Chanter sur scène, maquillée, costumée, coiffée, des partitions apprises durant des mois, c’est quelque chose de très nourrissant. Parler de voix à l’antenne me ramène à ces douze ans de pratique et à cette vingtaine d’opéras dans lesquels j’ai chanté et que je connais sur le bout des doigts. Depuis que je suis ici, à Radio France, je me suis forgé d’autres centres d’intérêt musicaux, surtout grâce aux Midi Trente du National.
 
Quelle est votre philosophie concernant la médiation musicale ?
J’ai envie de raconter le contexte, tout en repérant un détail très parlant qui peut servir de clef d’écoute. J’essaie d’accueillir le public, de le mettre à l’aise en indiquant qu’il n’est pas nécessaire d’être un expert pour apprécier le moment. Et puis j’essaie de faire rigoler ! Le concert est un moment de déconnexion dans cette vie qui va toujours plus vite. Pour en jouir, il faut se rendre disponible, et pour cela, il n’y a pas de prérequis.
 
Est-il réaliste de penser qu’une émission musicale peut s’adresser à tous les publics ?
Il faut saluer la grille très diverse de France Musique. Bien sûr, je n’ai pas la naïveté de penser que toutes les émissions sont pour tout le monde… mais c’est normal. En littérature, tout est disponible, du roman de gare à la thèse de doctorat, et c’est au lecteur de choisir jusqu’où il veut aller. Pour la radio, au fond c’est pareil, surtout maintenant qu’il existe tous les supports de réécoute.
 
Avez-vous senti une différence d’approche entre la radio musicale belge et française ?
La force de France Musique, c’est vraiment l’équipe. Musiq3 en Belgique œuvre pour un auditorat plus réduit, alors qu’à Radio France il y a vraiment un côté « grosse institution », avec autour de soi des réalisateurs, des techniciens et des attachés de production qui viennent enrichir le contenu. On ne fait pas une émission de la même façon lorsque, comme en Belgique, c’est à nous de lancer les disques ou la météo. Sans compter le plaisir à Radio France d’aller écouter une répétition entre l’émission et le déjeuner ! Ce que je retrouve, en revanche, d’un pays à l’autre, c’est la bienveillance des auditeurs, qui nous écrivent pour nous dire qu’ils sont contents. 
 
Qu’est-ce qui vous travaille en ce moment ?
Quelque chose me choque beaucoup : la question de la « réinvention des artistes ». C’est terrible ! Oui, je suis d’accord sur le fait qu’il faille toujours chercher de nouvelles façons de communiquer, mais je ne suis pas d’accord avec cette injonction de devoir se « réinventer ». Une des puissances de la musique classique est de pouvoir écouter des interprètes qui ont donné leur vie et leur âme à la pratique de l’instrument pour faire vivre l’histoire de la musique, et cela me brise le cœur de constater cette consigne récente. Je ne veux pas voir se casser cette grande particularité de la musique classique : il faut protéger et accompagner les musiciens pour que puisse perdurer ce patrimoine extrêmement riche. Pour les défendre, il ne faut pas leur demander de changer ou de se désacraliser : il faut aller les écouter.
 
Propos recueillis par Christophe Dilys
 
 

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