Qui êtes-vous, madame Olympe ?

Mardi 10 mars 2020
Qui êtes-vous, madame Olympe ? | Maison de la Radio
Olympe de Gouges a donné son nom à une école de Bondy, là où se situe le second site de la Maîtrise de Radio France. La Maîtrise qui, précisément, les 6 et 9 juin, créera un opéra d’Isabelle Aboulker intitulé Olympe la rebelle. Nous avons voulu en savoir plus en posant quelques questions à cette femme hors du commun.
Madame de Gouges, vous avez vu le jour en 1748. Vous êtes ce qu’on appelle une femme des Lumières…
Si tu veux, oui. Ce qui ne m’a pas empêchée d’être mariée de force à dix-sept ans à un riche client de mon père, qui était boucher à Montauban. J’ai eu un fils de cet homme, mais un an après mon mariage, je suis devenu veuve. Mon mari est mort noyé dans le Tarn.
 
Olympe, c’est un prénom lumineux, non ?
En réalité, je me prénomme Marie. Et mon nom de famille est Gouze. Mais il arrivait qu’on l’écrive Gouges, et j’ai conservé cette orthographe. Quant à Olympe, c’est le deuxième prénom de ma mère. Quand je suis arrivée à Paris, j’ai trouvé qu’Olympe de Gouges sonnait bien pour un nom de plume !
 
Un nom de plume ?
Oui, grâce à l’éducation que j’ai reçue, j’ai eu très tôt le goût des mots. Je suis allée retrouver ma sœur aînée à Paris, en me promettant d’aider ma mère, restée à Montauban, si elle était dans le besoin. J’ai aimé un armateur mais je ne l’ai jamais épousé. J’ai préféré rester une femme libre, ce que beaucoup ne m’ont jamais pardonné, car la liberté fait peur à bien des gens, tu sais, surtout lorsqu’on ose en faire le sens de sa vie. Et je me suis lancée dans le théâtre en fondant une troupe dont mon fils, d’ailleurs, faisait partie. C’était sous Louis XVI. L’époque était captivante, les opinions les plus diverses fermentaient, la reine elle-même n’était pas insensible aux idées nouvelles. Songe que dans son domaine de Trianon, elle jouait Rosine dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais, en présence de l’auteur !
 
Et vous-même, quel genre de théâtre écriviez-vous ?
Un peu de tout. L’une des pièces dont je suis le plus fière s’intitule Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage. Une pièce orientaliste, comme on les aimait alors, dans laquelle je dénonce l’esclavage dans les colonies. Je l’ai écrite en 1784 mais je n’ai réussi à la faire représenter à la Comédie-Française que quatre ans plus tard, en décembre 1789. Et il a fallu tout arrêter après trois représentations seulement.
 
Pourtant, la Révolution était passée par là…
Ah, la Révolution, parlons-en ! D’abord, ce fut une affaire d’hommes…
 
Et Pauline Léon ?
Cette amie de Marat ? Très peu pour moi ! Elle voulait fonder un club révolutionnaire composé uniquement de femmes. Tu imagines ? Non, moi je voulais remplacer le mariage par un contrat social de l’homme et de la femme. Et dans ma Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, que j’ai publiée en 1791, je ne réclame aucun droit particulier pour les femmes. Au contraire, pour moi, la femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme. Malheureusement, j’avais une vision trop équilibrée, trop pacifique de la société. C’est là que ce que tu appelais tout à l’heure les Lumières ont commencé d’être dévoyées.
 
Vous voulez dire que tout s’est emballé ?
Oui. Tu as cité Marat, cet avorton de l’humanité. J’ai commis l’erreur de le détester, et surtout de le dire. J’étais l’amie de Condorcet, ce qui était mal vu par les plus déchaînés des révolutionnaires. J’ai choisi Danton contre Robespierre, autre mauvais choix. Je me suis aussi opposée à la condamnation de Louis XVI, car j’étais opposée à la peine de mort. J’ai même été naïve au point de proposer à Malesherbes de le seconder lorsqu’il est devenu l’avocat du roi !
 
Et puis ?
Et puis j’ai été arrêtée à mon tour, le 20 juillet 1793. On a pris pour prétexte que je proposais de laisser aux citoyens le choix entre la république et la monarchie. Six mois après l’exécution du roi, c’était un péché mortel ! J’étais une patriote persécutée, c’est d’ailleurs le titre que j’ai donné à mon dernier texte, que j’ai rédigé en prison. (Elle est prise tout à coup d'une bouffée de mélancolie.) Non... mon tout dernier texte est la lettre que j’ai écrite à mon fils. Elle a été interceptée.
 
On dit que vous étiez enceinte au moment de votre arrestation…
Fouquier-Tinville, l’accusateur public, n’a rien voulu savoir. Ah, celui-là, du moment qu’il pouvait envoyer du monde à l’échafaud ! J’ai été condamnée à mort, comme il fallait s’y attendre. Le couteau est tombé le 3 novembre 1793. J’ai été la deuxième femme guillotinée par la Révolution, après Marie-Antoinette.
 
Aujourd’hui, on salue votre mémoire, vos idées…
Oui, j’ai eu droit à un buste au Palais-Bourbon, à une plaque rue Servandoni, où j’ai vécu, près du jardin du Luxembourg. À l’époque, la rue s’appelait rue des Fossoyeurs… j’aurais dû me méfier ! Et puis, le théâtre de Montauban porte mon nom. Qu’une tragédie s’achève en farce, voilà qui n’est pas pour me déplaire.
 
Propos recueillis par Florian Héro
 

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Olympe la Rebelle - Annulé | Maison de la Radio

Olympe la Rebelle - Annulé

Concert Jeune public À partir de 10 ans

Maîtrise de Radio France

Olympe de Gouges lutta sans relâche pendant sa courte vie pour l’abolition de l’esclavage et la cause des femmes.
Samedi06juin202017h00 Maison de la radio - Studio 104
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Concert Jeune public À partir de 10 ans

Maîtrise de Radio France

Olympe de Gouges lutta sans relâche pendant sa courte vie pour l’abolition de l’esclavage et la cause des femmes.
Mardi09juin202019h00 HORS LES MURS Auditorium Angèle et Roger Tribouilloy, Bondy

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