Romantiques et allemandes

Mardi 24 Février 2015
Romantiques et allemandes | Maison de la Radio
Clara Wieck-Schumann et Fanny Mendelssohn sont à l’affiche du concert proposé le 10 mars par le Chœur de Radio France. Deux splendides figures romantiques dont l’œuvre souffrit de la présence de Robert, mari de la première, et de Felix, frère de la seconde.

De Bettina von Arnim à Caroline von Günderode, le romantisme allemand est riche de figures de femmes superbes et douloureuses. Car s’il leur fut demandé d’être muses ou amantes, elles ne laissèrent pas d’œuvre aussi accompli qu’elles l’auraient souhaité. Audacieux, novateur, intrépide dans bien des domaines, le mouvement romantique allemand n’osa pas aller jusqu’au bout. A moins que les femmes de ce temps (mais y eut-il un temps romantique ?) aient intériorisé la norme sociale et renoncé à fonder un œuvre à part entière.
 
La leçon est vraie pour les musiciennes. Chez les Mendelssohn, c’est Felix qui devait être le génie de la famille ; et malgré l’amour qu’il portait à sa sœur, le jeune homme ne fit rien pour détromper leurs parents. Quant à Clara Wieck, devenue madame Schumann en 1840, elle fut célébrée avant tout comme virtuose. Et si elle survécut quarante ans à son mari, elle ne mit pas pour autant à profit cette longue période pour se remettre à la composition, elle qui, adolescente, ne s’était pourtant pas privée d’écrire de la musique de chambre et un concerto pour piano. On pourrait citer aussi Alma Schindler, épouse de Mahler pendant une dizaine d’années, mais qui ne composa que quelques lieder après la mort de ce dernier, auquel elle survécut elle aussi pendant plus de quarante ans. Mahler lui avait dit : « Ne t’est-il pas possible de considérer ma musique comme la tienne ? (…) Tu n’as désormais qu’une seule profession – me rendre heureux ! ». Elle n’oublia malheureusement pas la leçon.
 
Revenons sur les deux figures de Fanny et de Clara, au programme du concert que consacre le Chœur de Radio France aux compositrices.
 
Fanny
 
Fanny était de quatre ans l’aînée de Felix. Tant qu’elle resta enfant, elle partagea avec son frère les mêmes passions, les mêmes enseignements. La première composition que nous connaissions d’elle (un lied) date de ses quatorze ans. « La suite de son adolescence, c’est l’histoire d’un talent mis sous le boisseau d’un autre talent », écrit Françoise Tillard*. Car Fanny est la victime des préjugés des hommes. A Felix les visites à Goethe, les voyages de formation, l’avenir radieux ; à elle, lui rappelle son père le jour de son vingt-troisième anniversaire, « la seule profession d’une jeune fille, celle de maîtresse de maison ».
 
A la mort du père, c’est Felix qui à son tour joue le rôle du censeur. Puis Fanny se réveille, part pour l’Italie, publie des lieder et des pièces pour piano. Mais il est trop tard : une attaque la terrasse en 1847. Six mois plus tard, privé de son ombre, Felix la suit dans la tombe.
 
Clara
 
En 1847, Clara Wieck et Robert Schumann sont mariés depuis sept ans. Mendelssohn est l’un de leurs amis fidèles. Robert lui survivra neuf ans, Clara presque un demi-siècle. « Même si Fanny avait été la seule enfant prodige, elle n’aurait pas davantage eu le droit de se choisir une profession », raconte Françoise Tillard. Clara, c’est le contraire : son père décèle en elle des talents hors du commun, la fait travailler, veut le protéger de tout et de tous, notamment de ce jeune Robert Schumann qui ne lui dit rien de bon. Clara et Robert se marieront malgré tout, auront sept enfants. Mais Clara continuera de sillonner l’Europe. Quant à la composition, elle a commencé à s’y atteler dès avant son mariage (on lui doit notamment un Concerto pour piano, op. 7) ; elle continue de manière irrégulière, écrit plusieurs pages avec Robert, mais cesse de composer en 1853, un an avant son mari, qui se jette dans le Rhin en 1854 et meurt deux ans plus tard. C’est sans doute dans ses lieder qu’elle a mis le meilleur d’elle-même.
 
D’autres figures de femmes sont présentes à l’affiche du concert du 10 mars : mais prenons les sœurs Boulanger. L’une, Lili, la plus douée, est morte à vingt-cinq ans. Sa sœur, Nadia, qui vécut longtemps, est connue avant tout comme pédagogue. Alors ? Les temps ont changé cependant. De Michèle Reverdy à Kaija Saariaho, pour ne citer que deux noms, l’expression « femme compositeur » n’a  pas plus de sens que « femme écrivain ».
 
Florian Héro
 
* In Fanny Mendelssohn, Belfond, 1992.
 
Le concert du 10 mars sera diffusé ultérieurement sur France Musique.
 

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