Schubert : l’année 1828

Mercredi 27 Février 2019
Schubert : l’année 1828 | Maison de la Radio
Schubert est mort en 1828, à l’âge de trente et un an. Sa dernière année fut l’une des plus fécondes de sa carrière de compositeur : un crépuscule qu’il est permis de prendre pour une aurore, en inversant la boutade de Debussy à propos de Wagner. Plusieurs grandes pages écrites au cours de cette année sont au programme des concerts donnés par les Diotima et par Till Fellner.
Les murs sont moites et la lumière des réverbères traverse douloureusement la chambre. Voilà plusieurs heures que Gros, Hölz, König et Dolezalek ont quitté le salon de Ferdinand. Aux notes de l’Opus 131 de Beethoven et aux paroles réconfortantes des amis succède le silence. Schubert ne veut pas relire Le Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper. Il ferme les yeux, il écoute les rumeurs du numéro 6 de la Kettenbrückengasse. Épuisé par la fièvre typhoïde, il repense aux derniers vers du Voyage d’hiver dont le second volume devrait être bientôt édité. Dans le dernier lied, un joueur de vielle « tourne la roue, et sa vielle jamais ne cesse de chanter ». Pourvu que ce vers de Wilhelm Müller lui porte chance ! Il ne veut pas partir tout de suite. Il n’a que trente et un ans. Il s’était même remis à l’étude du contrepoint.
 
La Symphonie achevée
 
L’année 1828 avait tout pour être belle. Elle avait commencé d’ailleurs de manière assez traditionnelle : une fête du Nouvel an arrosée de malaga donnée chez Franz von Hartmann en compagnie de ses amis. Les vœux de bonheur se sont accomplis pour deux d’entre eux, Spaun et Schwind, qui se sont fiancés au printemps, à quelques jours d’intervalle. Du point de vue de la composition, ce fut une année féconde en chefs-d’œuvre. Côté musique de chambre avec le Quintette à deux violoncelles, côté lied avec la composition du Chant du cygne, sans oublier la musique sacrée avec une Messe en mi bémol majeur. Le printemps 1828 fut aussi celui de la réconciliation avec un genre musical délaissé depuis plusieurs années : composée en quelques mois seulement, la brillante Symphonie n°9 en ut majeur sonne comme une revanche face à l’inachèvement de certaine Symphonie en si mineur écrite six ans plus tôt.

Mais la symphonie et la messe ne sont pas les seuls genres retrouvés par Schubert lors de cette nouvelle année. Aux côtés de la Fantaisie à quatre mains en fa mineur, qu’il a créée avec Lachner au début de l’année, et des Trois Klavierstücke D 946, il présente un triptyque pianistique d’une grande ambition. « J’ai composé entre autres trois sonates pour pianoforte seul, que je voudrais dédier à Hummel. (…) J’ai beaucoup joué ces sonates en différents endroits avec beaucoup de succès », écrit-il à Probst, son éditeur. Depuis lors, le succès des Sonates D 958, D 959 et D 960 n’est jamais retombé. En 1835, Schumann en dressera une critique élogieuse dans sa Neue Zeitschrift für Musik : « Elles sont tout à fait singulières… très différentes des autres, notamment par une plus grande simplicité d’invention. (…) Le flot musical et mélodieux coule page après page, interrompu de place en place par quelque remous plus violent, vite calmé. » Plus près de nous, Wilhelm Kempff écrit de cette trilogie achevée le 26 septembre : « Nous y sentons le souffle de cet autre monde où nous retournerons un jour quand notre mission sur cette terre sera remplie. »

Cette année 1828 fut aussi celle d’un premier concert exclusivement consacré à ses œuvres nouvelles. Il en rêvait depuis longtemps. Le lieu choisi fut la salle de la Société des amis de la musique. La date n’avait rien d’anodin puisque le 26 mars correspond à l’anniversaire de la mort de Beethoven. Au programme figuraient, en création, les lieder Die Sterne, Der Kreuzzug, Der Wanderer and der Mond ou encore Ständchen, mais aussi un nouveau Trio pour pianoforte, violon et violoncelle D 929 composé en novembre 1827, celui-là même qu’utilisera Stanley Kubrick dans Barry Lyndon, et le « Premier mouvement d’un nouveau quatuor à cordes exécuté par Böhm, Holz Weiss et Linke. D 887 ». Cette œuvre achevée en 1826 n’est autre que le Quatuor à cordes n°15 en sol majeur, le dernier écrit par Schubert – en dix jours seulement. Si la tonalité de sol majeur est clairement revendiquée, ces pages ne sonnent jamais comme tranquilles et lumineuses. Les changements de tonalités sont abrupts, les thèmes et motifs semblent sans trajectoires et sont coupés par un silence qui interrompt le discours de manière imprévisible. Ce même silence imprévisible que laisse Franz Peter Schubert derrière lui le 19 novembre 1828. À ses côtés on retrouvera un exercice de composition : une petite fugue.
 
Max Dozolme

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