Shakespeare, l’Angleterre, la musique

Jeudi 16 avril 2015
Shakespeare, l’Angleterre, la musique | Maison de la Radio
Outre les deux concerts donnés par l’Orchestre National de France dans la foulée des représentations de Macbeth données par le même orchestre au Théâtre des Champs-Élysées, The Locke Consort, le 6 mai, propose un Expresso Concert sur le thème « Musique au temps de Shakespeare ».

ENTRE WILLIAM BYRD et Henry Purcell, la musique anglaise du XVIIe siècle est riche en compositeurs aux talents et tempéraments contrastés. C’est l’époque où s’épanouit le théâtre élisabéthain, avec Shakespeare et Ben Jonson, où le mask, divertissement scénique typiquement anglais, connaît son apogée, où les meilleurs musiciens sont employés par la famille royale et la noblesse anglaise. Elisabeth Ire, avec laquelle s’éteint en 1603 la dynastie des Tudor, Jacques Ier et son fils Charles Ier, les premiers Stuart, et même Charles II, dans la seconde moitié du siècle, sont tous mélomanes voire musiciens.
Mais le XVIIe est aussi un siècle mouvementé, en raison du tournant absolutiste pris par les Stuart qui conduit à la première révolution anglaise (1642-1649) et à la prise du pouvoir par les puritains d’Oliver Cromwell. Les artistes ne sont pas sans ressentir vivement le contrecoup de ces troubles politiques. Dans le même temps, les vents nouveaux venus d’Italie accélèrent le passage de la Renaissance à l’ère baroque, mettant en question les pratiques antérieures. Le concert de ce soir reflète dans toute sa variété et sa séduction la musique d’une époque aux multiples interférences entre voix et instruments, théâtre et musique, musique et politique, Angleterre et continent…
 
Petite recension des compositeurs inscrits au programme du 6 mai.
 
William Lawes (1602-1645)
 
Le destin de William Lawes est lié à celui de la couronne d’Angleterre. D’abord enfant de chœur à la cathédrale de Salisbury, le jeune homme entre dans la musique de Charles Ier, qui succède à son père en 1625. Lorsque le roi quitte Londres en 1642 à la suite d’un conflit avec le Parlement qui déclenche la révolution, Lawes le suit à Oxford. Il meurt les armes à la main lors du siège de Chester, quatre ans avant l’exécution de Charles Ier par les Têtes rondes. Sa mort héroïque sera chantée par les poètes du temps.
 
En collaboration avec son frère Henry, également musicien, William Lawes composa la musique de plusieurs masques – équivalent du ballet de cour français – pour la cour d’Angleterre. Il écrivit quantité de chansons et ballades pour voix soliste et accompagnement de théorbe (sorte de luth au registre plus grave). Lawes laisse aussi une production abondante pour consort (ensemble instrumental) : suites de danses et fantaisies-suites.
 
Orlando Gibbons (1583-1625)
Issu d’une famille de musiciens, Orlando Gibbons a connu tous les honneurs. Diplômé des universités de Cambridge (1606) et d’Oxford (1622), il entre à la Chapelle royale comme gentleman (chantre) avant d’en devenir organiste. Deux ans avant sa mort, il sera nommé organiste à l’abbaye de Westminster. Gibbons est l’auteur d’une œuvre instrumentale abondante, en particulier de Fantaisies a 3, publiées à Londres vers 1620. Celles-ci se présentent comme des dialogues entre trois voix d’égale importance qui s’échangent un même motif mélodique dont le compositeur semble chercher à tirer toute la sève.
 
Gibbons était réputé pour la finesse de son toucher, à l’orgue aussi bien qu’au virginal (instrument à cordes pincées cousin du clavecin).
 
Nicholas Lanier (1588-1666)
 
Personnalité à multiples facettes, Nicholas Lanier est né à Londres dans une famille d’origine française. Compositeur, chanteur, violiste, luthiste, il est aussi peintre et connoisseur d’art. D’abord au service de Jacques Ier, il est promu Maître de la musique du roi par Charles Ier. Ce titre ne le limite pas à des fonctions musicales : Lanier est chargé de l’achat d’œuvres d’art en Italie. Antoine Van Dyck, qui peint son portrait, est par la suite appelé à la cour d’Angleterre comme peintre principal au service de Leurs Majestés. Lanier est connu comme l’un des principaux importateurs du style italien en Angleterre.
 
John Jenkins (1592-1678)
 
Tandis que ses pairs font carrière à Londres comme musiciens de cour, John Jenkins passe la majeure partie de son existence en province, au service de riches familles du Norfolk et du Cambridgeshire. Il n’accède à un titre officiel – surtout honorifique – qu’à la fin de sa carrière, au moment de la restauration monarchique (1660), lorsqu’il est nommé théorbe de la musique royale par Charles II à l’âge avancé de soixante-huit ans.
 
Son œuvre, surtout instrumentale, comprend un grand nombre de fantaisies, de fantaisies-airs et de fantaisies-suites. La Suite en fa n’a cependant été constituée qu’en 1988 par le musicologue Andrew Ashbee en réunissant trois pièces inédites pour deux violons et basse continue. Quant à Lady Katherine Audley’s Bells, publiée dès 1662 par l’éditeur John Playford, c’est l’une de ses œuvres les plus célèbres. Comme il l’a fait à plusieurs reprises (The Six BellsSt Peter’s Bells…), Jenkins y imite des sonorités de cloches. On a supposé que cette pièce avait été composée à la demande de Lady Katherine Audley qui, vivant aux Pays-Bas, se serait éprise des carillons des villes du nord.
 
Thomas Morley (1557-1602)
 
Élève de William Byrd, Thomas Morley accomplit sa carrière sous le règne d’Elisabeth. Considéré comme le « père fondateur du madrigal anglais », il est aussi l’auteur d’un célèbre traité de musique : A Plaine and Easie Introduction to Practicall Musicke (Introduction simple et facile à la pratique musicale, 1592) – c’est de cette publication que provient l’« Aire », avant-dernière pièce de ce programme.
 
Morley habita un temps la même paroisse que Shakespeare à Londres : il est probable que les deux hommes se soient connus et même qu’ils aient collaboré.
 
Gilles Saint-Arroman
 
Le concert du 6 mai sera diffusé ultérieurement sur France Musique.
 

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