Strauss, une vie, un héros

Jeudi 30 octobre 2014
Strauss, une vie, un héros | Maison de la Radio
Le 20 novembre, à l’Auditorium de la Maison de la radio, l’Orchestre national déclenche les tempêtes et les élans du héros vu et entendu par Richard Strauss.

Une Vie de héros vient couronner la décennie des grands poèmes symphoniques inspirés à Richard Strauss par des arguments littéraires, poétiques et philosophiques d’origines variées, décennie inaugurée en 1889 par la fantaisie symphonique Aus Italien – hommage, d’une certaine manière, à Harold en Italie de Berlioz et à la Symphonie italienne de Mendelssohn. Ces poèmes symphoniques reprennent à leur compte quelques unes des conceptions de Liszt, tout en transcendant le genre par une verve orchestrale et mélodique, et un renouvellement constant de la forme elle-même, qui ne caractérisent pas précisément les œuvres du compositeur hongrois.
C’est ainsi que voient le jour, successivement, à la suite d’Aus Italien : Macbeth, Don Juan, Tod und Verklärung (Mort et transfiguration), Till Eulenspiegels lustige Streiche (les Joyeuses équipées de Till l’espiègle), Also sprach Zarathustra (Ainsi parlait Zarathoustra), Don Quixote (Don Quichotte), enfin Ein Heldenleben (Une Vie de héros). Strauss se consacrera ensuite essentiellement à la scène, de Feuersnot (1901) et Salome (1905) jusqu’à l’ultime Capriccio, créé à Munich en 1942.
 
Composé en 1898 et créé le 3 mars 1899 à Francfort sous la direction du compositeur, Une Vie de héros (ou La Vie d’un héros, « Ein Heldenleben ») est l’œuvre d’un compositeur de trente-quatre ans. Strauss est jeune, en pleine forme, mais il éprouve curieusement le besoin de se mettre en scène. Car le héros, on l’a deviné, c’est lui-même. Besoin de se rassurer ? de se justifier ? Une Vie de héros marque plutôt la consécration d’un genre ; sans doute Richard Strauss a-t-il conscience à cette époque qu’il ne peut guère aller plus loin dans la voie du poème symphonique, ni faire mieux, ni faire autre chose. C’est pourquoi peut-être sa partition, et notamment la cinquième section (« Les Œuvres pacifiques du héros ») abonde de citations puisées... dans les œuvres de Strauss lui-même. Manière de se peindre en héros peut-être ironique ou fatigué mais conscient de l’œuvre déjà accomplie.
 
Épisodes de la vie d’un héros

Une Vie de héros se compose de six épisodes enchaînés, dont la succession est d’une telle éloquence qu’ils se suffisent à eux-mêmes. Les sous-titres dont ils sont pourvus, la partition autographe l’indique, ne sont pas de la main du compositeur et encombrent la musique bien plus qu’ils ne l’éclairent. Exprimer par des mots les intentions de ces différentes sections, comme des disciples et des éditeurs voulant se faire plus straussiens que Strauss lui-même ont voulu le faire, rend la musique banalement descriptive, ce qu’elle n’est pas.
Le thème du héros, typique de Strauss et plein d’allant, ouvre la partition. C’est lui qui donne à l’œuvre sa couleur optimiste. Puis viennent des bois goguenards : épisode qu’on a intitulé « Les Ennemis du héros », mais où il serait tout aussi bien permis d’entendre des crissements d’insectes, ou les bruits mystérieux de la nuit, ou tout ce qu’il est possible d’imaginer ; on voit là l’arbitraire qui consiste à vouloir accoler à toute force un «programme» à une partition qui vit très bien toute seule. Mais voici que survient un solo de violon : très développé, très changeant d’humeur, il évoque l’amour, bien sûr, et la femme tour à tour fantasque et enchanteresse. Les bois goguenards, de nouveau, puis des fanfares lointaines, annoncent la bataille que va devoir livrer le héros, Gulliver métaphysique. Il s’ensuit une mêlée furieuse, trouée de pensées en direction de la bien-aimée, dont le thème du héros sort vainqueur. C’est le moment des citations (on reconnaît notamment Don Juan au passage, mais aussi Zarathoustra, Don Quichotte, etc.), puis du renoncement final. Celui-ci commence par une belle page des cordes, tout à coup agitée de souvenirs et de pressentiments, mais que l’amour vient finalement apaiser. Désormais, le héros peut être sûr de lui.
La partition d’Une Vie de héros s’achève triomphalement mais, dans sa version primitive, elle se terminait pianissimo. Les mêmes bons esprits qui ont prétendu éclairer sa musique ont-ils conseillé au compositeur de souligner sa propre victoire ?
 
Christian Wasselin
 
Le concert du 20 novembre sera diffusé en direct sur France Musique et sur le réseau de l’UER.
 

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