Un chant de louange signé Mendelssohn

Jeudi 16 octobre 2014
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Un chant de louange signé Mendelssohn | Maison de la Radio

Des symphonies de Mendelssohn, on connaît surtout l’« Italienne » et l’« Écossaise ». La très rare Deuxième Symphonie, qui prend la forme en partie d’une cantate, est à l’affiche du concert donné par le Chœur de Radio France et l’Orchestre National le 6 novembre prochain.
 
En 1840, la commémoration du 400e anniversaire de l’imprimerie donne lieu à de solennelles cérémonies à Strasbourg, où Gutenberg aurait expérimenté pour la première fois son invention, à Mayence, sa ville natale, et dans d’autres villes d’Allemagne. Leipzig, prospère cité saxonne, intellectuelle et commerçante, ne pouvait demeurer en reste. La municipalité confie la partie musicale des festivités à son Kapellmeister récemment nommé, le tout jeune Felix Mendelssohn. Arrivé de Berlin cinq ans plus tôt, celui-ci s’était fait connaître par son audacieuse recréation en 1829 de la Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach, cantor de Saint-Thomas de Leipzig de 1723 à 1749.
 
Pour les fêtes de 1840, Mendelssohn compose une ambitieuse partition symphonique et chorale : Lobgesang (Chant de louange), créée le 25 juin lors du concert de clôture, en l’église Saint-Thomas, par 500 exécutants placés sous sa direction. L’œuvre, dédiée à Friedrich August II, roi de Saxe, reçoit un accueil triomphal du public et de la critique, Schumann en publie dans sa revue Neue Zeitschrift für Musik un compte rendu dithyrambique, et, le 23 septembre, Mendelssohn la fait entendre outre-Manche au Festival de Birmingham.
 
Entre deux oratorios
 
Reprenant les esquisses d’une symphonie notées à la fin des années 1830, il donne à ce « Chant de louange » une forme qui tient à la fois de la symphonie et de la cantate. En tant que cantate, l’œuvre s’insère entre les deux grands oratorios Paulus et Elias qui dominent son catalogue de musique chorale ; en tant que symphonie, la Lobgesang arrive en deuxième dans l’ordre de la publication et s’apparente à la Cinquième Symphonie « Réformation », composée dès 1830 pour le tricentenaire de la Confession d’Augsbourg mais publiée la dernière et posthumément. Exigeant envers lui-même, Mendelssohn a en effet laissé nombre de ses œuvres inédites, mais ce Lobgesang, dédié à un roi et célébrant l’invention de l’imprimerie, pouvait-il se passer d’impression ?
 
Les textes mis en musique ne rendent pas directement hommage à l’inventeur, mais le choix de passages bibliques s’y réfère implicitement. La première œuvre imprimée par Gutenberg, vers 1455, fut en effet une Bible, ce qui amena les partisans de la Réforme à en faire l’un de leurs précurseurs, son invention ayant permis d’élargir la diffusion des textes sacrés. Les extraits réunis tournent autour de trois thèmes essentiels (la louange divine, la confiance en Dieu, le passage des ténèbres à la lumière), suffisamment généraux pour permettre à l’œuvre d’être exécutée hors du contexte de sa création.
 
Comme Roméo et Juliette de Berlioz et la Dante-Symphonie de Liszt, la Lobgesang marque un jalon dans l’histoire de la symphonie chorale entre Beethoven et Mahler. Le rapprochement avec la Neuvième Symphonie « Hymne à la joie » a été fait dès la création par Schumann. Cependant, alors que chez Beethoven trois mouvements à part entière précèdent le quatrième où interviennent les voix, ici, les trois morceaux symphoniques se succèdent sans pause, formant une seule Sinfonia, gigantesque introduction aux neuf numéros de la cantate.
 
De la fanfare au chœur final
 
La Sinfonia commence par une fanfare des trombones (Maestoso con moto), qui sera reprise par le chœur après sa première entrée. Ce thème de fanfare irrigue le noble et impétueux Allegro et réapparaît sous la forme d’un choral des instruments à vent au milieu de l’Allegretto un poco agitato, délicat intermède proche de certaines romances sans paroles mendelssohniennes. L’Adagio religioso installe une atmosphère de recueillement propice à la prochaine intervention des chœurs et de l’orgue.
 
Le premier chœur « Alles, was Odem hat » est complété par un lumineux solo de soprano avec chœur de femmes. Plus intérieur, le récitatif et air du ténor qui lui succède est suivi d’un commentaire du chœur (no 4). Très apprécié en 1840, le duo avec chœur « Ich harrete des Herrn » paraît un peu conventionnel aujourd’hui, tandis que le récitatif du ténor « Wir riefen in der Finsternis », ajouté postérieurement à la création, est une des plus belles trouvailles dramatiques de la partition, débouchant sur un splendide grand chœur qui célèbre l’arrivée du jour (no 7 « Die Nacht ist vergangen »). Vient ensuite un simple choral sur un texte de Martin Rinckart déjà utilisé par Bach (« Nun danket alle Gott »), chanté par le chœur a cappella puis à l’unisson accompagné de guirlandes des cordes et des bois. A l’inverse, le duo « Drum sing’ ich mit meinem Liede » reste l’un des passages les plus marqués « XIXe siècle ». Enfin, le chœur final, avec son fugato conclusif, referme la partition sur une reprise saisissante de la fanfare initiale, entonnée d’abord par les trombones, puis par le chœur d’hommes rejoint par l’ensemble des pupitres.
 
Gilles Saint-Arroman
 
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