Un concert comme un voyage

Vendredi 20 juin 2014
Un concert comme un voyage | Maison de la Radio

Kurt Masur dirigera un concert entièrement consacré à Mendelssohn, le 3 juillet, à la tête de l’Orchestre National de France. Une soirée qui nous emmènera en Italie et en Écosse.
L’état de santé de Kurt Masur l’empêchant de voyager cette semaine, le concert du 3 juillet est malheureusement annulé.

Les trois œuvres inscrites au programme du concert de ce soir sont indissociables. Elles furent esquissées simultanément et nous rappellent que Mendelssohn, artiste issu d’une famille fortunée, eut la chance d’effectuer le fameux « grand tour » en Europe, à la recherche des signes les plus éblouissants de la nature et de la civilisation (paysages, ruines, etc.), auquel tout garçon bien né, au XVIIIe et au XIXe siècle, ne pouvait échapper.

Mendelssohn fut un enfant prodige, ce qu’on ne sait pas assez. Avant de s’attaquer à la grande forme de la symphonie, il composa de 1821 à 1823 une douzaine de symphonies pour cordes (augmentée du premier mouvement d’une treizième symphonie), après quoi il commença le cycle de ses symphonies pour grand orchestre en 1824 avec une Symphonie en ut mineur aujourd’hui rarement jouée, que suivirent quatre autres partitions dont la numérotation ne suit pas la chronologie de leur composition. C’est en effet la Symphonie « Réformation » (qui porte le numéro 5, car elle ne fut publiée qu’en 1868, à titre posthume) qui fut ensuite créée la première (en 1832) ; elle fut suivie de la Symphonie « Italienne » (numéro 4), ébauchée en 1830 à Rome et créée trois ans plus tard par la Société Philharmonique de Londres, sous la direction du compositeur, et de la Symphonie « Écossaise » (numéro 3), esquissée dès 1829. L’officielle Symphonie n° 2, dite « Lobgesang » (Chant de louanges), avec solistes et chœur, fut composée en 1838 et créée deux ans plus tard.

De toutes ces partitions, les plus accomplies sont sans doute les symphonies « Écossaise » et « Italienne », non pas seulement en raison de leur pittoresque affiché, mais parce que Mendelssohn y maîtrise magistralement la forme en quatre mouvements et le traitement orchestral. Moins inventif que son ami Schumann sur le plan de la structure, il trouve cependant avec une infaillible intuition les couleurs qui conviennent aux paysages qu’il se propose d’évoquer – paysages géographiques mais aussi paysages de l’âme, car Mendelssohn s’est toujours défendu d’être banalement descriptif. Son goût des voyages y est-il pour quelque chose, qui le portait à écouter aussi bien les voix de la nature que les musiciens populaires qu’il put croiser sur les routes ?

 

Peindre et composer

 

Si son ami Schumann ne fit qu’un timide voyage en Italie en effet, Mendelssohn parcourut l’Écosse en 1829 et l’Italie de long en large pendant les deux années suivantes, ce qui lui permit de dessiner et de peindre des aquarelles (artiste complet, il avait reçu une éducation particulièrement soignée) mais aussi, tout naturellement, d’ébaucher les deux symphonies qui nous occupent.

La Symphonie « Italienne » est, plus que l’« Écossaise », une œuvre de relative jeunesse dont la création précède d’une année cette autre ensemble de souvenirs italiens qu’est la symphonie Harold en Italie de Berlioz, avec qui Mendelssohn avait passé de longues heures à se promener dans Rome et les environs. C’est une œuvre légère, allante, d’un coloris éclatant, mais Mendelssohn la retravailla dès après la création et ne se décida jamais à la publier. Elle se compose de deux mouvements particulièrement vifs (un premier Allegro bondissant et un Presto finale qui est à la fois un saltarello et une tarentelle, et qui verse peu à peu dans une ivresse irrésistible) encadrant deux mouvements modérés : un Moderato auxquels altos et bassons donnent une teinte légèrement sombre, puis un intermezzo à la manière de Brahms, la grâce mélodique en plus, dans une ambiance de nocturne enchanté. « La musique, disait Mendelssohn, je ne l’ai pas trouvée dans l’art lui-même, mais dans les ruines, les paysages, la gaieté de la nature ».

Souvenirs d’Ossian

Ébauchée quelques mois avant l’« Italienne », la Symphonie « Écossaise » fut achevée et créée en 1842 au Gewandhaus de Leipzig, elle aussi sous la direction du compositeur. A cette époque, Mendelssohn n’est âgé que de trente-trois ans mais il a déjà beaucoup composé (l’oratorio Paulus date de 1836). Pianiste et chef d’orchestre fêté, il s’est rendu célèbre treize ans plus tôt en ressuscitant la Passion selon saint Matthieu de Bach et s’est vu confier en 1835 la direction de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, ville dont il fondera le Conservatoire en 1843.

Certains ont pu voir et entendre dans cette partition le souvenir des Highlands, des poèmes d’Ossian et des romans de Walter Scott. Certes, Wagner voyait en Mendelssohn un « paysagiste de premier ordre » (ce qui n’était pas nécessairement un compliment sans arrière-pensée de sa part), mais cette symphonie n’a rien d’anecdotique ou de folklorique. L’alternance des motifs pensifs, voire funèbres, et des passages fougueux est en revanche typique de la partition entière. Le premier mouvement, composé d’un vaste Allegro agitato central, s’ouvre sur une introduction douce et mélancolique, dont la reprise mènera directement au deuxième mouvement. Celui-ci, d’une grande vitalité, utilise un air de cornemuse particulièrement dansant et conduit à un vaste mouvement méditatif dont l’ambiance étrange et douce ramène à celle du début de la symphonie, et qui constitue le cœur de la partition. D’une éloquence tantôt solennelle, tantôt effusive, cette page est faite de couleurs tristes soutenues par la délicatesse des vents et des pizzicati. Sans transition, car Mendelssohn recommandait d’enchaîner les mouvements de sa symphonie, le finale retrouve l’énergie et la pulsation rythmique soutenue du scherzo, et cède la place, à la toute fin, à une péroraison majestueuse et fort dépaysante en forme de choral. « Allusion au couronnement de la reine Victoria ? » (qui devint reine en 1837 et à qui l’œuvre est dédiée), s’interroge François-René Tranchefort. Conclusion inattendue en tout cas qui fait s’envoler la musique loin de tout pittoresque géographique.

 

Une ouverture pour un archipel

Quant aux premières esquisses de l’Ouverture des Hébrides ont été elles aussi jetées sur le papier par Mendelssohn au cours de son voyage de l’été 1829. Elles furent retravaillées au cours de l’hiver 1830-31, que Mendelssohn, passa à Rome (l’œuvre s’intitulait alors L’Île solitaire), puis révisées une dernière fois à Paris, l’œuvre trouvant alors son double titre définitif, l’œuvre étant plus souvent intitulée en France Les Hébrides et dans les pays anglo-saxons Fingal’s Cave (La Grotte de Fingal).

Les Hébrides forment un archipel situé au nord de l’Écosse, célèbres et inquiétantes par leurs côtes extrêmement découpées et l’inhospitalité de leur climat. Fingal, lui, est l’un des personnages mythiques des Poèmes d’Ossian, recueil de chants du IIIe siècle attribués au barde Ossian (lui-même fils du barde et guerrier légendaire Fingal) mais en réalité composés de toute pièce en 1760 par un instituteur écossais, James Macpherson (1736-1796). Il est d’ailleurs significatif que Berlioz, qui rencontra Mendelssohn à Rome, écrivait à l’époque le texte parlé de son mélologue Le Retour à la vie (devenu plus tard Lélio), où il est fait explicitement référence à Ossian.

L’Ouverture des Hébrides est conçue comme un allegro de sonate. Elle commence dans des couleurs sombres (et s’achèvera, comme celle du Songe dune nuit dété, par un retour au calme après les tumultes, certes très maîtrisés, de la section centrale) qui évoquent le mystère de la mer. Ce thème, largement développé et transformé, nourrit l’ouverture tout entière, et culmine en « un déferlement de gammes en doubles croches par les cordes, évocation très évidente (bien avant le Debussy de Pelléas et Mélisande !) des échos que répercutent les parois de la grotte frappées par le flot » (François-René Tranchefort).

Christian Wasselin

Le concert du 3 juillet sera diffusé le 9 juillet à 20h sur France Musique.

voir le site de la maison de Mendelssohn à Leipzig

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