Une symphonie de jeunesse de Schubert

Mardi 7 octobre 2014
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Une symphonie de jeunesse de Schubert | Maison de la Radio
On pouvait lire il y a quelque temps, à l’entrée « Symphonie » d’une encyclopédie célèbre : « Les successeurs de Beethoven, ne pouvant faire mieux, cherchent à faire autrement. » Et dans un numéro de la Revue musicale, sous la plume de Paul-Gilbert Langevin : « A l’âge où Schubert écrit le prodigieux monument qu’est la Grande Symphonie en ut (...), Beethoven, lui, en était encore à peiner sur sa première symphonie !!! En d’autres termes (…), le troisième grand symphoniste de la première École viennoise n’est pas Beethoven mais bien Schubert. »
 
Ici, une mise au point chronologique s’impose, qui puisse éclairer la succession des symphonies écrites ou simplement envisagées par Schubert. Car le musicien n’entreprit pas moins d’une quinzaine de symphonies, dont huit seulement furent menées à terme, sachant qu’il est légitime de considérer la Symphonie dite « Inachevée », telle qu’on la joue habituellement (et malgré son titre !), comme faisant partie de celles-ci, ses deux mouvements étant liés par une éclatante unité organique.
 
Les premières symphonies (de celle qui porte le numéro 1, en majeur, à la Sixième, en ut majeur) ne posent aucun problème de numérotation, même si l’ébauche d’une symphonie en majeur précède ce premier ensemble. Pour citer encore Langevin, « bien davantage qu’avec Beethoven, [elles] appellent la comparaison avec les essais de l’autre enfant prodige du Romantisme : les douze symphonies de jeunesse de Mendelssohn ».
 
Avec la symphonie en mi mineur (1821), qui suit les esquisses de deux projets inaboutis, les choses se compliquent : cette partition assez avancée ne comprend que cent dix mesures orchestrées et fit l’objet de diverses tentatives d’achèvement, dont l’une de Brian Newbould.
 
Considérons-la comme achevée
 
La célèbre Symphonie inachevée, huitième de la chronologie traditionnelle, ne comporte que deux mouvements ainsi que l’esquisse d’un scherzo achevé par Schubert dans une version pour piano. Elle aussi a fait l’objet de nombreuses hypothèses et de plusieurs tentatives d’achèvement, aucune n’ayant réussi à s’imposer. La plus sérieuse reste celle de Newbould, qui orchestra le scherzo et propose de jouer, en guise de finale, l’Entracte en si mineur (tonalité de la symphonie) de la musique de scène de Rosamunde. Mais cette partition est d’une telle tension que ses deux mouvements suffisent à eux seuls.
 
Suit une Sonate pour piano à quatre mains en ut majeur qui fut orchestrée à plusieurs reprises, notamment par Joseph Joachim et par René Leibowitz (dont la version fut jouée à Paris en 1966). Symphonie avortée ?
 
On a longtemps pensé que Schubert aurait alors entrepris la composition d’une symphonie dite « de Gmunden-Gastein » (deux endroits visités par le compositeur pendant l’été 1825), par la suite perdue, à laquelle aurait succédé en 1828 la Grande Symphonie en ut. Or, les recherches les plus récentes tendent à prouver que la Gmunden-Gastein et la Grande ne font qu’une. Enfin, il semble que Schubert ait encore nourri un certain nombre de projets pour l’orchestre qu’il ne put mener à terme, notamment une ultime symphonie dont Peter Gülke puis Brian Newbould ont tenté de proposer une version « intégrale ».
 
Précisons que la Grande Symphonie, sur la foi de Ferdinand Schubert, fut pendant longtemps la Septième parce qu’elle est la dernière achevée de la série. Puis on lui attribua le numéro 9, en imaginant retrouver un jour la Gmunden-Gastein. Certains aujourd’hui, s’en tenant à la stricte chronologie des symphonies constituées de mouvements entièrement composés, attribuent le numéro 7 à la Symphonie inachevée et le numéro 8 à la Grande. C’est aussi le parti des éditions Bärenreiter.
 
A propos de la Troisième Symphonie
 
Les six premières symphonies de Schubert ont été composées de 1813 à 1818. Elles forment un cycle en soi auquel s’opposera la singularité de l’Inachevée et de la Grande.
 
La Troisième fut composée en quelques jours en juillet 1815. Elle commence par un Adagio superbement maestoso, en deux sections, les bois donnant une ampleur et une couleur splendides à la seconde. Puis la clarinette lance le premier thème d’un Allegro on ne peut plus con brio, que suivra un Allegretto où Brigitte Massin voit « un menuet camouflé ». Le Menuetto qui suit, incisif, est aéré par un trio en forme de valse populaire confié aux bois. Le motif principal du finale, qui paraît toujours s’accélérer, est donné par les cordes et ponctué par les vents et les timbales.
 
August Manns assura la première publique de ces trois symphonies, au Crystal Palace de Londres, les 5 février 1883, 20 octobre 1877 et 19 février 1881.
 
Christian Wasselin
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