Vous avez dit école russe ?

Mardi 26 Février 2019
Vous avez dit école russe ? | Maison de la Radio
Les 6 et 11 mars prochains, l’Orchestre Philharmonique de Radio France fête les 80 ans d’un des derniers grands témoins de l’école russe de direction d’orchestre, Yuri Temirkanov.
De l’URSS, durant des décennies, nous n’avons reçu que des disques. Le mythique label Melodiya offrait de magnifiques interprétations de Mahler ou Chostakovitch, dans lesquelles on découvrait un art symphonique à nul autre pareil. À des pages souples, rondes et lyriques succédaient des moments tranchants, rugueux, d’une violence parfois insoutenable. Le son des orchestres soviétiques était inimitable : moins dans une recherche du beau son que de l’authenticité, les instruments brillaient de mille couleurs sauvages.

Yuri Temirkanov est l’un des derniers grands témoins de cette époque. Son statut de légende russe n’est plus à prouver, depuis qu’il a pris la succession du mythique Evgeny Mravinski (1903-1988) à la tête de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg (Léningrad jusqu’en 1991).

Qu’est-ce que l’école russe aujourd’hui ? Trompettiste du Philhar*, Gilles Mercier est un amoureux du répertoire slave : « Temirkanov est l’un des derniers survivants de cette grande école soviétique, comme Kondrachine, Rostropovitch ou Mravinski. Chez ce dernier, il y avait la synthèse idéale entre une objectivité musicale, un grand sens rythmique et une maîtrise époustouflante de l’architecture d’ensemble. Sous sa direction, les symphonies de Tchaïkovski n’ont rien de sirupeux, mais au contraire une résonance plus noire, plus tragique et dramatique ».

Bien sûr, il existe différentes « écoles ». S’il fallait en poser les prémices, il faudrait remonter aux tout débuts de la musique russe. Après des siècles d’interdit orthodoxe, le pays renaît artistiquement de ses cendres. En musique, le groupe des Cinq et la création du Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1862 construisent un nouvel univers. Qu’il de Borodine, Moussorgski, Rimski-Korsakov, ou de noms moins connus chez nous comme Glazounov ou Taneïev, tous partagent un attachement profond au langage symphonique occidental mêlé à un amour vibrant des traditions populaires et folkloriques. Le résultat est explosif. Chez les chefs d’orchestre, on retrouve cette même dualité entre personnalités au cosmopolitisme racé comme Serge Koussevitzky (1874-1951) et figures plus sanguines comme Nikolaï Golovanov (1891-1953), qui invente le son riche et profond des orchestres russes en s’appuyant sur dix contrebasses au moins et en privilégiant les nuances et les contrastes les plus expressifs. Tous possèdent un point commun : l’amour du théâtre et la dimension physique de l’interprétation. Professeur mythique du Conservatoire de Saint-Pétersbourg (il a formé entre autres Barchaï, Bychkov, Gergiev, et plus récemment le trublion grec Teodor Currentzis), Ilya Musin déclarait : « Un chef d’orchestre doit rendre la musique visible aux musiciens par ses mains. » Une déclaration dont Gilles Mercier a pu savourer l’exactitude : « Les chefs russes ont souvent un côté très théâtral. Un musicien comme Guennadi Rojdestvenski ne faisait pas de répétitions mais offrait au concert des mimiques et des grimaces uniques qui faisaient réagir l’orchestre de façon extraordinaire. De même, il suffisait à Evgeny Svetlanov, le romantique par excellence, d’un seul geste, se lever de sa chaise par exemple, pour donner une amplitude incroyable à l’orchestre. » On ne résistera pas au plaisir d’ajouter que Valery Gergiev dirige de nos jours avec un… cure-dents, ce petit bout de bois lui permettant de déclencher les orages les plus paroxystiques comme les plus impalpables pianissimos.

A l’image de Mravinski, Yuri Temirkanov associe le meilleur de la tradition russe. D’un côté, un amour des grandes courbes mélodiques et des sonorités rondes et moelleuses ; de l’autre, une conduite impérieuse capable de la plus stupéfiante intensité. En un seul geste (la fameuse sensibilité russe !), comme un félin s’élançant vers sa proie, c’est tout un continent musical qui surgit. Sous une baguette pareille, Chostakovitch (Symphonie n°10) et Mahler (Symphonie n°4) vont sans aucun doute révéler leur côté tranchant aussi bien que leur sens de l’absurde.
 
Laurent Villarem
 
* Surnom donné affectueusement à l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

Écouter Yuri Temirkanov

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