Brahms et Dvorak, presque cousins

Mardi 9 décembre 2014
Brahms et Dvorak, presque cousins | Maison de la Radio
Adrien Perruchon (le 12 novembre) et Lionel Bringuier (le 19), à la tête de l'Orchestre Philharmonique, dirigent deux concerts qui réunissent Brahms et Dvorak. Deux soirées qui permettront d’entendre un concerto et une symphonie de chacun des deux compositeurs.

Il est assez facile d’associer entre eux, deux par deux, les compositeurs du XIXe siècle, soit qu’on les marie par affinités, soit qu’on les oppose, quitte à ce que ces rapprochements soient artificiels et arbitraires. Schumann et Mendelssohn, par exemple, représenteraient l’école dite « de Leipzig » par rapport à l’école de Weimar, qui réunit Liszt et Wagner. Mais Weimar, c’est aussi Liszt et Berlioz, avec tous les malentendus créés par la musique qu’on appelait en 1850 « de l’avenir » et dans laquelle Berlioz ne se reconnaissait pas, lui qui créait ni pour l’avenir, ni pour le passé, mais pour l’éternité. D’ailleurs, le duo formé par Berlioz et Wagner est l’un des duos maudits de l’histoire de la musique.
 
Et Brahms dans cette histoire ? On en a fait le disciple de Schumann, l’antithèse de Wagner. Soit. Mais il serait plus fécond, réflexion faite, de le rapprocher de Dvorak, né une dizaine d’années après lui, et qui partage avec lui plusieurs caractéristiques.
 
Londres réserva à Dvorak, dès son premier séjour en 1884, un accueil enthousiaste à la Sixième Symphonie, jouée le 22 mars 1884 au Crystal Palace, par l’Orchestre de la Société philharmonique de Londres placé sous sa direction de Dvorak en personne. Ce qui lui permit de différer le choix qu’on lui conseillait de faire : tourner le dos à la Bohême, ne pas avoir les yeux rivés sur Prague, tout faire au contraire pour séduire Vienne. Brahms par exemple, avec les meilleures intentions du monde, voulait que son ami prenne la mesure de ce provincialisme tchèque et s’en extraie, alors que Dvorak y voyait la raison même de sa vie et de sa création. On peut dire que l’invitation qui lui fut faite, en 1892, de diriger le conservatoire de New York (invitation qu’il accepta), lui permit de ne pas choisir. C’est d’ailleurs le conservatoire de Prague qu’il dirigera à partir de 1901, et c’est à Prague qu’il mourra.
 
En même temps, Dvorak éprouvait une immense gratitude pour Brahms qui l’avait un jour décrit de cette manière : « Un artiste doué, mais pauvre ». Comme l’écrit Guy Erismann, « Dvorak ne veut à aucun prix risquer de décevoir celui qui demeure pour lui la référence et dont il a fait son mentor, tout en désirant se convaincre lui-même de sa capacité à se dépasser. Il connaît trop bien sa regrettable propension à la prolixité et ce trop-plein d’imagination qu’il lui faut juguler, et c’est entre autres sur ce point que vont porter tous ses efforts. Cette nouvelle exigence va ainsi l’amener à l’issue de la première exécution à supprimer quarante mesures dans le second mouvement (de la Septième Symphonie) avant de déclarer alors : “Je suis persuadé qu’à présent il n’y a pas une note de trop” ».
 
Brahms et Dvorak représentent une certaine quintessence aimable de la sensibilité MittelEuropa, moins mystique que chez Bruckner, moins cosmique que plus tard chez Mahler. Mais à l’écoute la fécondité mélodique du cadet a quelque chose d’entraînant qui répond à la réserve un peu nostalgique de l’aîné.
 
Florian Héro

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