Faust, une symphonie de Liszt

Vendredi 19 septembre 2014
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Faust, une symphonie de Liszt | Maison de la Radio
Le 1er octobre à Laon, puis le 3 octobre, Salle Pleyel, Mikko Franck dirigera la Faust-Symphonie de Liszt à la tête du Chœur et de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

Pour aborder la Faust-Symphonie de Liszt, le plus simple est de revenir à Berlioz. On trouve, au chapitre XXVI des Mémoires de ce dernier, les lignes suivantes : « Je dois encore signaler comme un des incidents remarquables de ma vie, l’impression étrange et profonde que je reçus en lisant pour la première fois le Faust de Gœthe traduit en français par Gérard de Nerval. Le merveilleux livre me fascina de prime abord ; je ne le quittai plus ; je le lisais sans cesse, à table, au théâtre, dans les rues, partout ». Et au chapitre XXI : « Liszt vint me voir. Nous ne nous connaissions pas encore. Je lui parlai du Faust de Gœthe, qu’il m’avoua n’avoir pas lu, et pour lequel il se passionna autant que moi bientôt après. Nous éprouvions une vive sympathie l’un pour l’autre, et depuis lors notre liaison n’a fait que se resserrer et se consolider ».

C’est ainsi que Berlioz écrivit les Huit Scènes de Faust (1828) et La Damnation de Faust (1846), et que Liszt composa la Faust-Symphonie, esquissée dès les années 1840, achevée en octobre 1854. De même que Berlioz lui avait dédié sa Damnation, Liszt dédia à Berlioz sa symphonie. Il y a bien sûr, entre les deux musiciens, une passion commune pour Faust, le personnage et ses folies, et de part et d’autre un incoercible besoin d’absolu, la conscience de l’incomplétude de la destinée, la soif de percer le mystère de l’inconnaissable, tentations qui sous-tendent le mythe faustien. « Le Hongrois est un démon, le Polonais est un ange », disait Balzac en comparant Liszt et Chopin. Du reste, outre cette symphonie, plus d’une page de Liszt est hantée par les souvenirs de Faust et en particulier par la proposition du néant qui est celle de Méphistophélès, « celui qui toujours nie ». La Sonate en si mineur n’est munie d’aucun programme littéraire, mais on a beaucoup glosé sur son profil faustien. On n’oubliera pas non plus les quatre Méphisto-valses (cinq, si l’on compte également la Bagatelle sans tonalité que Liszt, n’ayant pas achevé la quatrième Méphisto-valse, considérait comme une possible alternative à cette pièce avortée), une Méphisto-polka et des pièces toutes plus bizarres et inquiétantes les unes que les autres, telle la Czardas macabre.

Mais il y a aussi l’enjeu musical. Berlioz, avec Roméo et Juliette*, avait montré la voix d’un drame en musique qui se déroberait aux mots, ou plutôt dont les enjeux les plus graves seraient confiés au seul orchestre. Avec la Faust-Symphonie, Liszt relève à sa manière le défi et conçoit une œuvre instrumentale en trois mouvements représentant chacun un personnage (Faust, Gretchen, Mephistopheles), auquel il ajoutera par la suite un chœur mystique, dont les paroles sont prises dans le Second Faust de Goethe (texte que l’on trouve aussi dans les Scènes de Faust de Schumann et la Huitième Symphonie de Mahler). Une structure on ne peut plus limpide, mais qui donne à la partition une dimension descriptive, là où on aurait pu imaginer une dialectique plus poussée entre tous les éléments dramatiques et musicaux. Certes, le dernier mouvement n’est que déformation et parodie mais Liszt, dans cette vaste partition qui est la plus ambitieuse de ses œuvres instrumentales, n’est pas allé jusqu’au bout de ses démons. L’hédonisme n’est pas incompatible avec la noirceur.

Florian Héro

* Que jouera l’Orchestre National le 18 septembre au Théâtre des Champs-Élysées.

Le concert du 3 octobre sera diffusé en direct sur France Musique et sur le réseau de l’UER.

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