Dans l'IRCAM, une salle

Mercredi 6 juin 2018
Email
Dans l'IRCAM, une salle | Maison de la Radio
Le festival ManiFeste est l’occasion de revenir sur une salle conçue comme un sous-marin : celle de l’Ircam.
Au cœur de la cité furent installés le Centre Pompidou et son centre de recherches musicales associé. Au cœur de la cité mais invisibles, du moins jusqu’aux travaux d’extension de l’institut et l’élévation d’une tour par l’architecte Renzo Piano. Car l’Ircam fut souterrain jusqu’en 1990 ; on y entrait comme on s’engouffrait dans une station de métro, et il n’était pas rare que des passants s’y perdissent en quête d’une correspondance pour la station Châtelet-Les Halles.

Pour quelle mystérieuse raison les concepteurs de l’Ircam avaient-ils enterré ce haut-lieu de la musique d’aujourd’hui ? Vraisemblablement avaient-ils voulu l’isoler des bruits de la ville, à moins qu’ils n’eussent espéré en protéger les secrets ou en cacher la présence. Car le projet de l’Ircam ne faisait pas l’unanimité. On dit que le lieu fut désiré par Georges Pompidou pour conférer une dimension musicale à son nouveau centre culturel et d’art contemporain. Pierre Boulez raconte que le Président l’avait incité à rentrer en France pour y prendre la direction d’un orchestre, et qu’il lui avait alors répondu préférer la fondation d’un centre de recherche, fort de son expérience avortée au sein de l’Institut allemand Max-Planck. Dans la France musicale partagée entre les défenseurs d’une certaine tradition et les tenants du sérialisme et des nouvelles lutheries, son projet fut perçu par ses adversaires comme une nouvelle provocation, onéreuse de surcroit. Et ses précédents coups de gueule ayant laissé de profondes cicatrices dans les consciences, l’idée de l’Ircam fut bien plus difficile à accepter que celles du Groupe de recherches musicales de la Radio (GRM) et de l’Équipe de mathématique et d’automatique musicales de Xenakis (Emamu). Rien ne freina toutefois la détermination du compositeur et du président, et l’Ircam naquit quelques mois plus tard, à proximité du Centre Pompidou mais suffisamment indépendant pour satisfaire le souhait du bouillant directeur d’échapper aux tutelles.

Modulable et raisonnable 

Rapidement, Pierre Boulez affirma la nécessité pour les chercheurs de disposer d’un espace voué à leur rencontre avec le public. Non pas d’une énième salle de concert, mais d’une salle modulable consacrée à l’expérimentation tout en favorisant la proximité du spectateur et du musicien. Une salle de dimension raisonnable, pouvant accueillir de 250 à 350 auditeurs, et révélant les œuvres de l’intérieur grâce à des auditions accompagnées de présentations, débats ou conférences. Véritable boîte dans une boîte parfaitement protégée des vibrations de l’extérieur, profitant encore du montage du bâtiment sur un subtil système à ressorts, l’Espace de projection – Espro de son petit nom, ainsi baptisé par Pierre Boulez car on parlait beaucoup à l’époque de projection sonore – fut inauguré dès octobre 1978. Point de fauteuils alignés devant une scène ; le public tantôt y entourait les musiciens, tantôt se trouvait au milieu de la musique, mouvante grâce à des systèmes de diffusion spatialisée. Parfois, l’auditeur lui-même se déplaçait durant le concert, multipliant ses points de vue acoustiques. Offrant des conditions exceptionnelles d’enregistrement et particulièrement propice à l’étude de l’acoustique des salles, la salle était dotée de parois mobiles qui lui permettaient de s’adapter à tous les projets.

Éloge des périactes 

Commandés par un système électromécanique, des périactes, modules prismatiques à trois faces absorbantes, réfléchissantes ou diffusantes, la transformaient en grande cathédrale ou, au contraire, la faisaient sonner de façon plus sèche. Développé par Victor Peutz à partir d’un algorithme complexe, un programme permettait de mesurer avec précision son temps de réverbération, variant de 0,6 à 6 secondes. On pouvait donc jouer sur deux tableaux : celui de l’acoustique passive à partir de la forme, des dimensions et des matériaux ; et celui de l’acoustique active, recourant notamment à l’amplification électroacoustique. Si le bruit des machines rendait délicate toute transformation de l’espace en temps direct, l’Espace de projection révéla au public des effets si stupéfiants qu’on aurait pu en d’autres époques les trouver dignes des théâtres à l’italienne et des machines baroques de Torelli.

Naturellement, l’Espro fut régulièrement amélioré, jusqu’à la récente acquisition du système Wave Field Synthesis (WFS) et ambisonique, procédé de reproduction holophonique capable de « capter et synthétiser une scène sonore en préservant les informations spatiales de distance et de direction des sources qui la composent ». Aujourd’hui en cours de réhabilitation pour désamiantage complet, adaptation au numérique ainsi que modernisation des réseaux et des éléments techniques, le lieu s’impatiente de retrouver son public pour d’autres expériences inouïes.

François-Gildas Tual
Email

Concert du Festival ManiFeste

Festival ManiFeste Ircam

Festival ManiFeste Ircam | Maison de la Radio
Musique contemporaine

Ensemble Ulysses
Orchestre Philharmonique de Radio France

Hymnen, œuvre monumentale élaborée par Stockhausen de 1966 à 1969, fait se rencontrer musiciens et électronique.
Samedi23juin201820h30 HORS LES MURS Le Centquatre

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables
Les données recueillies par Radio France sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d'informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de Radio France et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition sur les données vous concernant que vous pouvez exercer en écrivant, et en précisant l’objet de votre demande, à l’adresse suivante : Radio France, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16