Henri Dutilleux et la voix

Lundi 23 novembre 2015
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Henri Dutilleux et la voix | Maison de la Radio
Après avoir illustré bien des genres musicaux, il restait à Henri Dutilleux le champ vierge de la voix à conquérir afin qu’il mène à bien son aventure de créateur. C’est de nouveau grâce à de célèbres interprètes qu’il y parvint.
Certes, dès 1944 Dutilleux mit en musique La Geôle, sur l’un des trente-trois sonnets composés dans la clandestinité par Jean Cassou, à laquelle il ajouta trois sonnets dix ans plus tard ; il écrivit aussi, en 1963, San Francisco Night, mélodie composée sur un poème de Paul Gilson, à l’occasion de la mort de Francis Poulenc, créée par Alice Esty à New York ; The Shadows of Time, en 1997, utilisent pour leur part brièvement trois voix d’enfant.
 
Mais il faudra attendre 2003 pour que voie le jour sa première œuvre d’envergure pour voix et orchestre : Correspondances, que créera Dawn Upshaw avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Simon Rattle. En 2013, Barbara Hannigan enregistrera cette œuvre, avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France et Esa Pekka Salonen.
 
Il semble qu’à la fin de sa vie, Henri Dutilleux ait voué une affection particulière à la voix humaine, peut-être parce que celle-ci rayonne dans le rituel musical tel que le concevait le compositeur : « Pour moi, le fait musical s’apparente à une forme de cérémonie, à quelque chose de très près du sacré, avec sa part de mystère et de magie et – comme il en est de l’amour ou de la religion. Nous devons l’aborder avec une certaine gravité. Si cela est vrai pour celui qui reçoit la musique, à plus forte raison cela l’est-il pour celui qui l’invente ».
 
C’est ainsi que la version définitive de son ultime partition, fruit d’une commande conjointe de l’Orchestre National de France, de l’Orchestre Symphonique de Boston Symphony et du festival japonais Saito Kinen, fut créée en 2009 au Théâtre des Champs-Élysées par Renée Fleming et l’Orchestre National placé sous la direction de Seiji Ozawa. Cette soirée, qui fut d’une certaine manière l’apothéose du compositeur, célèbre le lien intangible qui liait l’homme à la radio.
 
A la question : « Quels sont vos dix compositeurs préférés ? », Henri Dutilleux répondait : « Monteverdi, Bach, Rameau, Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann, Berlioz, Wagner, Debussy et…si j’avais droit à un onzième nom, j’ajouterais Stravinsky ». Sans doute serait-il heureux d’apprendre que certains interprètes ajoutent volontiers son nom à ce prestigieux cortège.
 

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