3 questions à Bertrand Chamayou

Lundi 27 mai 2019
3 questions à Bertrand Chamayou | Maison de la Radio
Bertrand Chamayou est artiste en résidence à Radio France jusqu’à la fin de la saison 2018-2019. Le 19 juin, il donne un récital au Théâtre des Champs-Elysées.

Bertrand Chamayou, le 6 octobre dernier, nous avons pu vous voir au piano entouré d’enfants de trois à six ans dans l’Auditorium de Radio France. Est-ce que ces Enfantines vous ont changé des masterclasses habituelles ?

Avec les enfants, la difficulté réside dans le fait de les accrocher et de garder leur attention. C’est la première fois que j’intervenais avec des enfants aussi petits, et j’ai voulu essayer quelque chose d’original : j’ai joué des pièces contemporaines, en partant du principe que les enfants n’ont pas d’a priori devant la « bizarrerie » de certaines pièces, d’ailleurs assez ludiques. Le fait d’être moi-même papa a dû m’aider ! La musique contemporaine, pour des adultes, demande de désamorcer quelques préjugés, quelques inhibitions, et l’Éducation nationale a un rôle primordial à jouer. Je me rends compte que beaucoup de pianistes amateurs confient qu’ils ne « sont pas doués pour ça » : c’est catastrophique ! Il faut donner à tous les jeunes instrumentistes un enseignement adéquat : les plus doués, en vérité, sont ceux qui ont pu contourner les faiblesses d’un enseignement inadapté.
 
À propos d’expériences nouvelles : vous avez dirigé du piano le Triple Concerto de Beethoven, le 31 mars dernier. Un rêve jusque-là inavoué ?

Cette expérience s’est bien passée, mais je n’entends pas me définir comme un chef d’orchestre : je n’avais d’ailleurs jamais montré d’envie jusque-là. Beaucoup de collègues pianistes y pensent, à un moment ou un autre, mais cette forme de pouvoir qu’est la direction d’orchestre me fait un peu peur, y compris en « jouer-diriger ». Nous étions, Sol Gabetta, Vilde Frang et moi-même, à la recherche d’un chef pour ce concert. C’est Sol qui m’a suggéré de le faire, et de placer le piano au centre de la scène. Progressivement, l’idée m’a plu : en commençant à m’investir corporellement, je me suis aperçu que l’orchestre devenait musicalement dépendant de ma direction, au risque même de perdre sa substance lorsque j’étais plus absent. Je ne prétends pas pouvoir diriger avec les gestes d’un chef : il a fallu faire comme certains chefs baroques et compenser l’absence de gestes par la parole, au cours des répétitions, et par la connaissance de la partition et du style. Je ne peux plus concevoir à présent cette œuvre autrement. Le piano n’assume pas le rôle d’un soliste mais plutôt celui d’un accompagnant, un rôle d’orchestre, ce qui facilite le travail du « jouer-diriger » : lorsqu’il est placé au centre du dispositif d’orchestre, alors tout prend sens ! Sol Gabetta me l’a confirmé : elle ne veut plus le faire avec un chef d’orchestre, même excellent. Cela crée trop de barrières entre les solistes et l’orchestre.
 
D’un concerto à l’autre : à quoi ressemble le concerto pour piano de Michael Jarrell que vous avez créé avec l’Orchestre Philharmonique, le 25 mai dernier ?

L’écriture de Michael Jarrell est très virtuose, comme souvent chez lui. De près ou de loin, on trouve dans ses partitions le souvenir de l’écriture spectrale : une sorte de spectre harmonique déployé à partir d’une note. Un moment beaucoup plus épuré, en canon, se fait ensuite entendre, inspiré selon le compositeur par le Concerto en sol de Ravel. Cette partition est à la fois un plaisir et une torture pour les mains ! Nous avons par ailleurs commandé à Michael Jarrell une partition pour le prochain Concours Long-Thibaud-Crespin, dont je serai le directeur artistique.* J’ai conçu le programme avec l’idée d’éviter le côté « examen », en laissant une marge de liberté et de choix aux candidats pour mieux les évaluer dans leur répertoire de prédilection. Certains pianistes peuvent tout jouer, d’autres qui sont meilleurs dans certains répertoires précis : il sera intéressant d’évaluer s’ils sont lucides sur leurs capacités esthétiques. L’idée, cette année, n’est pas de savoir qui est le plus habile dans telle étude de Chopin, mais plutôt d’avoir accès à l’artiste autonome qui se trouve en face de nous.
 
Propos recueillis par Christophe Dilys
 
* Les épreuves « concerto » auront lieu les 15 et 16 novembre prochain à l’Auditorium de Radio France en compagnie de l’Orchestre National de France.
 

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Récital de piano, Bertrand Chamayou

Récital de piano, Bertrand Chamayou | Maison de la Radio
Récital


Bertrand Chamayou piano
Pianiste en résidence, Bertrand Chamayou revient à l'un de ses compositeurs de prédilection : Ravel, qui sera dans la compagnie de Schumann et de Saint-Saëns.
Mercredi19juin201920h00 HORS LES MURS Théâtre des Champs-Élysées

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