Bernstein compositeur

Mercredi 18 mars 2015
Bernstein compositeur | Maison de la Radio
Le chef d'orchestre Leonard Bersntein électrisa les musiciens de l’Orchestre National de France lorsqu'il donna plusieurs concerts mémorables avec eux dans les années 1975-1976. Quarante ans plus tard, le National revient à Bernstein, mais cette fois c’est le compositeur qui est fêté. Les 10 et 11 avril en effet, sous la baguette de David Robertson, l'orchestre jouera l’Ouverture de Candide et la Deuxième Symphonie de l'ébouriffant Lenny.

SOIXANTE-TREIZE représentations : le chiffre ferait sans doute rêver un compositeur d’aujourd’hui. Mais pour un spectacle new-yorkais, il trahit un semi-échec. L’humour grinçant et le pessimisme de Candide, la « comic operetta » inspirée par Voltaire créée au Martin Beck Theatre de New York le 1er décembre 1956, ont incommodé les spectateurs alors que le souvenir du maccarthysme était encore vivace. En empruntant à la musique symphonique européenne, à l’opérette française et viennoise, au jazz et à la comédie musicale américaine, Bernstein met ces souvenirs au service d’une violente satire. Mais l’Ouverture pleine de verve a connu d’emblée un succès qui n’a jamais démenti. Dans la lignée des ouvertures « pots-pourris » du XIXe siècle, elle présente plusieurs thèmes qui seront réentendus par la suite. Elle annonce notamment le duo lyrique « Oh, Happy We », entre Candide et Cunégonde, et les vocalises de « Glitter and Be Gay », air pyrotechnique de Cunégonde.
 
De l’optimisme à l’anxiété
 
Créée au Symphony Hall de Boston le 8 avril 1949, par Leonard Bernstein au piano, et l’Orchestre symphonique de Boston dirigé par Serge Koussevitzky, la Deuxième Symphonie de Bernstein, dite « The Age of Anxiety », connut une seconde version dont la première eut lieu au Symphonic Hall de New York le 15 juillet 1965, par Philippe Entremont et l’Orchestre philharmonique de New York dirigé par le compositeur.
 
Aucune des symphonies de Leonard Bernstein ne respecte les canons du genre : Jeremiah et Kaddish (les première et troisième) intègrent des voix et s’approchent du genre de la cantate, tandis que The Age of Anxiety, avec son piano solo, ressemble à un concerto. Toutes trois se nourrissent d’un substrat extra-musical qui témoigne des préoccupations spirituelles du compositeur. Ainsi, le long poème de W. H. Auden, titré The Age of Anxiety (et sous-titré « Un églogue baroque »), inspira la Symphonie n° 2. Publié en 1947, il obtint le prix Pulitzer l’année suivante et devint le symbole de l’inquiétude des années d’après-guerre. On y suit quatre étrangers solitaires (trois hommes et une femme) qui se rencontrent à New York pendant la guerre. Ils passent la nuit ensemble, méditent sur leur vie et la condition humaine, se séparent à l’aube.
 
Captivé par ce texte qui traite de la quête de la foi et du sens de la vie, Bernstein décide d’en faire le socle d’une composition purement instrumentale. Il emprunte à Auden la construction en six épisodes et les titres de ces séquences, sans pour autant chercher à suivre le poème pas à pas. Mais avec le recul, il découvrira maintes correspondances non préméditées entre la source littéraire et sa musique. En 1965, il révise sa symphonie, en particulier le dernier mouvement, considérablement remanié. À l’origine, le piano intervenait très peu, comme s’il était un observateur détaché de l’action ; à la fin, il jouait un accord symbolisant l’unité de l’homme et de Dieu. Dans la nouvelle mouture, il occupe une place beaucoup plus importante. La première version donna lieu à un ballet de Jerome Robbins pour le New York City Ballet, dont la chorégraphie n’a malheureusement pas été transmise.
 
La Symphonie n° 2 appartient à la catégorie des œuvres « sérieuses » de Bernstein. L’écriture, dépouillée, assume même une certaine austérité. « The Seven Ages » et « The Seven Stages » sont constitués de savantes variations. Dirge (« Chant funèbre ») utilise une série dodécaphonique (comprenant les douze notes de la gamme chromatique) : critique à l’égard de Schönberg, Berg et Webern, Bernstein est cependant attiré par leurs techniques compositionnelles dont la rigueur et la dimension expérimentale le fascinent. La section centrale de ce quatrième mouvement regarde vers le romantisme européen. Mais l’entertainment n’est jamais loin, comme l’attestent « The Masque », scherzo pour piano et percussion aux accents jazzy (qui correspond à une scène de fête dans le poème d’Auden) et la lumineuse conclusion hollywoodienne.
 
Hélène Cao
 
Le concert du 10 avril sera diffusé ultérieurement sur France Musique.

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