Bien dégagé autour des oreilles (suite)

Mardi 25 Février 2020
Bien dégagé autour des oreilles (suite) | Maison de la Radio
Salomé par l’Orchestre Philharmonique le 16 mars, Le Château de Barbe-Bleue par l’Orchestre National le 20 avril. Deux histoires de femmes victimes – à moins qu’il s’agisse de femmes triomphantes, qui, une fois leur victoire acquise, n’ont plus que la mort pour devenir.
Il y a quelques trimestres (voir La Lettre des concerts de Radio France n° 4, p. 6), alors que l’Orchestre Philharmonique faisait entendre la Danse des sept voiles de Salomé et que l’Orchestre National nous offrait Samson et Dalila, nous nous étions interrogés sur ces femmes obstinées que sont Salomé, qui se fait offrir la tête de saint Jean-Baptiste sur un plateau, et Dalila, qui coupe les cheveux de Samson endormi et le prive ainsi de sa force.

Salomé est de nouveau à l’affiche de l’Orchestre Philharmonique, toujours sous la baguette de Mikko Franck, mais cette fois dans sa version intégrale. Nous ne reviendrons pas ici sur les débats qui prolifèrent quant à la généalogie du personnage. On rappellera simplement que Salomé est citée par Flavius Josèphe, historien romain de confession juive du Ier siècle après Jésus-Christ, et que les Évangiles selon saint Matthieu et saint Marc l’évoquent par le simple terme « la fillette », à ce détail près que la jeune fille en question ne réclame pas la tête de Jean-Baptiste pour elle-même mais pour complaire à sa mère Hérodias.

Très représentée par les peintres au XVe et au XVIe siècle, tant en Italie que dans les Flandres, Salomé (également appelée Hérodiade) effectue un retour en force à la fin du XIXe et au début du XXe avec Gustave Moreau et Gustav-Adolf Mossa en peinture, pour ne citer qu’eux, et, en littérature, Mallarmé, Flaubert (Trois Contes) et bien sûr Oscar Wilde, dont la pièce, somptueusement illustrée en 1906 par Audrey Beardsley, inspirera la fameuse Salomé de Richard Strauss (l’Hérodiade de Massenet, par comparaison, est bien plus fréquentable !). On indiquera, pour l’anecdote, que la célèbre photographie figurant Wilde déguisé en Salomé représenterait en réalité la chanteuse Alice Guszalewicz dans le rôle de la cruelle princesse.

Eros et Thanatos, on les retrouve évidemment dans nombre d’opéras, mais l’un des plus troublants qui soient, à cet égard, est bien Le Château de Barbe-Bleue de Bartok. Partition fascinante par son action en grande partie symbolique et psychologique, par sa forme qui fait s’emboiter les épisodes, par la splendeur de son orchestre, par le chant qui magnifie notamment le rôle de Judith. Car Judith-la-chanteuse est bien l’héroïne de l’opéra de Bartok, tant Judith-le-personnage paraît constamment poussée en avant, stimulée, encouragée par Barbe-Bleue. Tout n’est ici que désolation alors que Salomé baigne dans une certaine hystérie, même si les deux partitions sont pourvues d’une orchestration fastueuse. Le palais d’Hérode baigne dans la lumière crue de l’Orient, celui de Barbe-Bleue, sombre et humide, est la représentation des tréfonds de l’âme humaine. Mais dans les deux cas, l’héroïne appartient à son seul désir, comme la Dame à la licorne : Salomé veut la tête de Iokanaan et l’obtient, et l’embrasse ; Judith veut connaître les secrets de Barbe-Bleue, jusqu’au bout, et rejoint de son propre chef ses trois précédentes épouses, celles qui sont mortes. On ne parle pas de décapitation chez Bartok, il en est question cependant chez Grétry, qui lui aussi, dans Raoul Barbe-Bleue (1789) reprend le conte de Perrault (« Trois têtes sont réunies sur de funestes plateaux », dit Vergy, l’amant d’Isaure, qui vient de se marier à Barbe-Bleue).*

Offenbach et Dukas, pour citer deux exemples, firent leur, également, le mythe de Barbe-Bleue, mais on citera plutôt ici Douce et Barbe-Bleue, l’opéra composé en 2002 par Isabelle Aboulker pour la Maîtrise de Radio France : il y est question de mort et de cruauté car « la tradition orale ne craignait pas de faire peur aux enfants ». ** Mais de la partition de Strauss et de celle de Bartok, quelle est celle qui cause le plus d’effroi ?
 
Florian Héro
 
* Cet opéra vient de faire l’objet d’un enregistrement dirigé par Martin Wåhlberg (2 CD Aparté).
** Extrait du texte accompagnant le livre-CD co-édité par Radio France et Gallimard.
 
 

Ecouter Salomé et Barbe-Bleue

Salomé, Richard Strauss - Annulé | Maison de la Radio

Salomé, Richard Strauss - Annulé

Opéra

Orchestre Philharmonique de Radio France

Mikko Franck direction / Camilla Nylund soprano
Salomé est le premier opéra marquant par sa concision magistrale, par son flamboiement orchestral et par la folie de son sujet de Richard Strauss.
Lundi16mars202020h30 HORS LES MURS Philharmonie de Paris
Barbe-Bleue - Annulé | Maison de la Radio

Barbe-Bleue - Annulé

Opéra

Orchestre National de France

Gianandrea Noseda direction / Matthias Goerne baryton
Bartók n’a écrit qu’un opéra, Le Château de Barbe-Bleue, qui évoque la complexité des rapports entre l’homme et la femme, au-delà ou en-deçà de l...
Lundi20avril202019h30 HORS LES MURS Théâtre des Champs-Élysées

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