Bruno Mantovani : affinités éclectiques

Mardi 12 mai 2015
Bruno Mantovani : affinités éclectiques | Maison de la Radio
Après Peter Eötvös, après les spectraux, c’est Bruno Mantovani qui se voit offrir une Carte blanche par l’Orchestre Philharmonique de Radio France, avec la complicité du chef Pascal Rophé, au fil de trois concerts qui auront lieu les 22 et 23 mai. Compositeur fêté dans le monde entier, fin gastronome et œnophile, Bruno Mantovani est aujourd’hui directeur du Conservatoire de Paris (que Cherubini et Fauré dirigèrent avant lui). Il fait ici entendre deux pièces pour ensemble ainsi qu’une toute nouvelle composition pour orchestre que lui a commandée Radio France, aux côtés d’œuvres de ses aînés et du jeune compositeur Benjamin d’Attahir. Essayons d’en savoir un peu plus, d’abord, sur la personnalité de ce musicien.

L’AGENDA de Bruno Mantovani laisserait croire au don d’ubiquité : compositeur bien sûr, mais aussi directeur du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris depuis septembre 2010 (nommé à quelques semaines de son trente-sixième anniversaire), chef d’orchestre de plus en plus demandé, à l’occasion pianiste improvisateur. Tant d’activité exige une énergie et une puissance de concentration que reflète sa musique. Dans son cas, il ne semble pas déplacé de lire l’œuvre au miroir de la personnalité : goût pour la virtuosité à l’image d’une rapidité d’action peu communes, propension à la construction rhapsodique et à l’hétérogénéité du matériau reflétant l’éclectisme de l’homme, dramaturgie nourrie de conflits qui n’effraient pas une nature combative.
 
Mantovani aime les musiciens. Banale, l’assertion ? En réalité, peu de compositeurs de notre temps ont noué des liens aussi intenses avec les interprètes. Ainsi, les solistes des deux œuvres concertantes programmées dans le cadre de cette Carte blanche, le saxophoniste Vincent David et le violoncelliste Marc Coppey, ne sont pas seulement des instrumentistes hors pair : de véritables amis. Sortir de la solitude du créateur et diriger de plus en plus, c’est également vivre aux côtés des musiciens. De même, Mantovani se montre attentif aux nouveaux venus parmi les compositeurs, ce dont témoigne la commande passée à Benjamin Attahir (concert du 23 mai à 20h). Voilà qui rappelle l’attitude de Pierre Boulez, père spirituel et créateur de Streets. Passage de témoin.
 
La curiosité insatiable de Mantovani, sa gourmandise (dont la musique n’est pas le seul objet, ceux qui le connaissent le savent), le portent vers toutes les musiques, qu’il se garde bien de hiérarchiser : le jazz et autres musiques populaires, les traditions orales extra-européennes, le répertoire « savant » du Moyen Âge à nos jours. Il n’est pas le seul, dans sa génération, à admirer Stravinsky, Berio, Jarrell (tous trois programmés ce week-end). En revanche, la référence à Schubert (à l’origine de ses propres Huit moments musicaux) et Berlioz (inspirateur de la Symphonie n° 1 « L’Idée fixe ») est plus rare. Trace, en partie du moins, de ses études d’esthétique et d’histoire de la musique au conservatoire, où l’on croise moins d’apprentis compositeurs que dans les classes d’analyse, d’orchestration et… de composition.

Idée fixe

« Nous sommes tous des postmodernes », déclarait Mantovani il y a quelques années, sans complexe, peut-être avec une once de provocation. Les intitulés de ses partitions avouent ses références ou les suggèrent. Croisement des sources visant à la fraternité de publics disparates ? Sollicitation de notre mémoire collective par un jeu de pastiche et de citations clairement reconnaissables ? Ces idées ne sauraient effleurer celui qui absorbe totalement les références dans son propre langage.
 
La Carte blanche de Radio France n’offre que la pointe de l’iceberg d’un catalogue qui avoisine les cent titres. Mais elle donnera un aperçu de toutes les facettes de son versant instrumental (musique orchestrale, pour ensemble, de chambre, pour piano) et permettra d’assister à la création de la Symphonie n° 1. Une deuxième partition de même catégorie serait-elle envisagée ? Ici, la numérotation est plutôt un geste humoristique. Mais un compositeur si fécond ne pourrait-il, d’ici quelques années, dépasser le chiffre fatidique de neuf symphonies ? Chiche !
 
Hélène Cao

Le concert du 22 mai sera diffusé en direct sur France Musique. Ceux du 23 mai le seront en différé.
 

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