Chung parle de Mahler

Mardi 26 mai 2015
Chung parle de Mahler | Maison de la Radio
« Je suis devenu chef d’orchestre pour diriger Mahler », confie Myung-Whun Chung qui dirigera, le 12 juin, la Cinquième Symphonie. A l’Auditorium de la Maison de la radio, et à la tête, bien sûr, de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

LA PERCEPTION de la musique de Mahler a-t-elle changé, et singulièrement en France, depuis la redécouverte dont ce compositeur a fait l’objet à partir des années soixante, qui correspondent au centenaire de sa naissance ?
La place de Mahler a changé dans le monde entier. Il y a cinquante ans, sa musique ne faisait pas partie du répertoire, désormais il est considéré partout comme un géant. Cinquante ans, finalement, c’est assez peu. On a fini par comprendre que Mahler a conduit la musique symphonique, partie de Haydn et poussée en avant par Beethoven, à un sommet que personne après lui n’a pu dépasser. Ses symphonies, même si elles contiennent de nombreux éléments naïfs (folklore, chansons populaires, effets de nature, etc.), sont des partitions d’une grande complexité. Moi qui au départ suis pianiste, j’ai voulu devenir chef d’orchestre pour les diriger : il est impossible de jouer au piano une symphonie de Mahler, les couleurs orchestrales ayant trop d’importance, alors qu’un pianiste peut très bien interpréter une symphonie de Beethoven ou de Brahms.
 
Si Mahler fait l’objet aujourd’hui d’une telle reconnaissance, n’est-ce pas en raison de son aptitude à faire son miel de toutes les formes et de toutes les traditions, des plus savantes aux plus populaires, de manière à récapituler l’histoire de la musique européenne ?
Mahler combine trois éléments comme on ne l’avait jamais fait avant lui, comme on ne l’a pas fait ensuite : la nature, le chant, les timbres instrumentaux. Il prétendait que chacune de ses symphonies représente un monde, je trouve, moi, que chaque symphonie de Mahler raconte l’histoire d’une vie, avec ses drames, ses angoisses, ses peurs, ses élans d’amour, etc. Mahler est l’un des très rares compositeurs dont on puisse faire entendre toutes les symphonies sous forme de cycle car elles sont toutes différentes et toutes passionnantes. Je ne suis pas allé au bout d’un cycle Dvorak que j’ai commencé, de même j’ai interrompu un cycle Nielsen. Même chez Schubert, les premières symphonies sont moins intéressantes.
 
La musique de Mahler, qui était lui-même chef d’orchestre et a laissé des partitions méticuleusement notées, n’enlève-t-elle pas sa liberté à l’interprète ?
Au contraire ! Et on aurait aimé que Haydn et Mozart nous laissent des partitions aussi précises que les siennes ! Quand un interprète est sûr des fondations des œuvres qu’il aborde, alors seulement il peut être libre. S’il doute, il est gêné. Notre travail ne consiste pas uniquement à reproduire mais aussi à faire revivre, à donner corps aux intentions de Mahler. Il y a les couleurs, les tempos, il y a aussi la dynamique, et cette manière très particulière de faire cohabiter simultanément plusieurs nuances dynamiques : un groupe d’instruments joue crescendo, un autre continue pianissimo. Quand Mahler évoque la nature, comme au début de la Première Symphonie, j’ai l’impression de respirer avec lui. Quand il pousse à l’extrême les émotions et les tensions, sa musique devient physiquement épuisante à diriger. Il est impossible pour un chef d’orchestre qui dirige Mahler de ne pas transpirer.
 
Un orchestre français comme l’Orchestre Philharmonique de Radio France peut-il ou doit-il approcher d’une manière particulière la musique de Mahler ?
Il faut qu’un orchestre, quel qu’il soit, joue l’ensemble du répertoire. Il ne faut pas se cacher derrière sa nationalité : aujourd’hui, il est possible, dans le monde entier et dans tous les domaines, d’écouter, d’éprouver, de comparer, de faire son choix personnel. Quant à jouer d’une manière française, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Il faut dépasser ses complexes et ses blocages, car le monde est de plus en plus ouvert. Il m’est arrivé d’entendre, quand j’étais étudiant, des orchestres allemands très peu convaincants dans Beethoven. De même, à Moscou, j’ai entendu des formations russes qui étaient loin de l’idéal dans leur propre répertoire. L’Orchestre Philharmonique de Radio France peut très bien se montrer le meilleur dans le répertoire mahlérien.
 
Vous inscrivez-vous dans une tradition particulière ? Certains chefs représentent-ils pour vous des références ?
Plus je connais une œuvre, moins j’écoute de disques, plus je me concentre sur la partition et les répétitions.
 
Propos recueillis par Christian Wasselin
 
Les concert du 12 juin sera diffusé en direct sur France Musique.
 

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