Duruflé, l’autre anniversaire

Lundi 1 Février 2016
Duruflé, l’autre anniversaire | Maison de la Radio
Après avoir célébré le centenaire de la naissance d’Henri Dutilleux, Radio France fête Maurice Duruflé, mort il y a trente ans. L’occasion de parler avec Lionel Avot, chargé des concerts d’orgue à Radio France, d’un compositeur qui a laissé une œuvre d’orgue peu abondante mais en tous points admirables.

LIONEL AVOT, VOTRE AMOUR POUR L'ORGUE doit beaucoup à Maurice Duruflé…
J’avais fait du piano jusqu’à l’âge de quinze ans, mais mes goûts d’adolescent allaient plutôt vers les Beatles ou The Velvet Underground, malgré la passion que j’avais pour le Requiem de Mozart. Un jour, j’ai eu l’envie d’écouter de nouveau une autre musique, et j’ai pris le chemin de la discothèque de mon quartier. Le choix était vaste ! J’ai eu l’idée, pour commencer, d’emprunter tous les requiem disponibles, et je suis allé à la lettre D comme Duruflé. J’ai éprouvé immédiatement de l’enthousiasme pour cette œuvre, et je me suis dit, très logiquement, que j’aurais tout intérêt à découvrir les autres œuvres de ce compositeur. Or, n’était disponible, dans ma discothèque, qu’un enregistrement d’œuvres d’orgues gravé par Philippe Lefebvre sur l’orgue de Chartres. Je connaissais mal cet instrument, j’étais persuadé que son toucher ne permettait pas d’interpréter mais seulement de jouer les notes. Mais en écoutant cette musique, j’ai été ébloui. Quelques années plus tard, alors que j’étais étudiant à Lille, je me suis dit que je pourrais me remettre à la musique afin de jouer du Duruflé, uniquement du Duruflé ! Et je me suis inscrit au Conservatoire où j’ai eu la chance de rencontrer Jean Boyer, qui m’a révélé tous les trésors de l’instrument.
 
Avez-vous connu Maurice Duruflé ?
Non, il est mort en 1986, six ans avant que je m’inscrive au Conservatoire de Lille. J’aurais aimé l’entendre à Saint-Étienne du Mont, où il était titulaire de l’orgue. En réalité, il avait cessé de jouer après son accident de voiture survenu en 1975, et il n’a plus composé après son ultime Notre Père pour quatre voix mixtes de 1977.
 
Pouvez-vous expliquer pourquoi Duruflé vous a touché à ce point ? Ou bien, comme dirait Dutilleux, est-ce le mystère de l’instant ?
Le chant grégorien l’a influencé, on éprouve à l’écoute de sa musique une impression de souplesse, de chantant, de naturel. C’est ce qui m’a touché d’abord. Duruflé, comme Dutilleux, a peu composé, il était très exigeant avec lui-même, il a même renié la Toccata de sa Suite, que tous ceux qui l’admirent aiment cependant autant que le reste ! Il se montrait aussi très précis quant au choix des registrations, ce que tous les compositeurs ne font pas. S’il choisit par exemple le mélange Gambe-Voix céleste-Bourdon 16, ce n’est jamais par hasard. On peut se faire une idée de ce qu’il désirait en écoutant l’orgue de Saint-Étienne du Mont, qu’il a joué pendant toute sa vie, et, avec un peu d’imagination, si on joue un instrument qui n’est pas pourvu des mêmes jeux, essayer de se rapprocher de la clarinette ou de la trompette de Saint-Étienne du Mont. Mon enthousiasme pour ce disque d’orgue de Maurice Duruflé provenait donc aussi d’un choc devant la beauté et la richesse de sonorités que je n’avais jamais entendues auparavant. J’avais peu fréquenté les églises dans mon enfance ou bien, quand c’était le cas, l’orgue m’avait toujours semblé faire entendre une sonorité monotone (ce qu’on appelle « le Plein-jeu »). Un champ de sonorités inouïes s’ouvrait tout à coup à moi avec ce disque ! Mon rêve serait de faire partager ce choc à des auditeurs qui n’ont jamais entendu une note d’orgue ou en tout cas ignorent les possibilités qu’offre cet instrument. C’est pourquoi j’ai suggéré à nos formations musicales d’ajouter dès la saison prochaine une pièce pour orgue seul à quelques-uns de leurs programmes afin de créer cette surprise. L’orgue peut servir à la liturgie mais c’est aussi un instrument de concert. Nous programmerons bien entendu des récitals d’orgue à la Maison de la radio, mais j’ai pour ambition d’élargir le public déjà amateur d’orgue en suscitant chez ceux qui ne connaissent pas encore cet univers le même choc que celui que j’ai éprouvé.
 
En quoi consiste son œuvre d’orgue ?
Chronologiquement, il y a d’abord le Scherzo de 1926, que Duruflé a plus tard orchestré dans le cadre du diptyque Andante et Scherzo. En 1930, il a été couronné d’un Premier prix de composition des Amis de l’orgue avec le Prélude, Adagio et Choral varié sur le thème du Veni creator, après avoir reçu un Premier prix d’interprétation et d’improvisation au Temple de l’Étoile, là où je suis suppléant moi-même aujourd’hui. Il y a ensuite la Suite pour orgue, en trois volets, le Prélude et fugue sur le nom d’Alain que Duruflé composa à la mémoire de son ami musicien tombé au champ d’honneur en 1940 et qu’il créa en 1942 sur l’orgue du Palais de Chaillot, ancien orgue du Trocadéro (l’instrument se trouve maintenant à l’Auditorium de Lyon). Il faut encore citer le Prélude sur l’Introit de l’Épiphanie, et la Fugue sur le thème du carillon des heures de la cathédrale de Soissons. Tout est admirable, mais tout est difficile ! Ce catalogue est bref, mais il faut rappeler que Duruflé était lui-même interprète, qu’il a donné des concerts, effectué des tournées, sans compter son  poste de professeur d’harmonie au Conservatoire de Paris.
 
Il n’a cependant pas écrit que pour l’orgue…
Pour orchestre, il nous a laissé les Trois Danses, que l’Orchestre National a enregistrées sous sa propre direction, et le diptyque que j’ai cité, créé par l’Orchestre de la Société des concerts dirigé par Munch. Ce sont des partitions pleines de couleurs, très travaillées dans le détail, qui peuvent évoquer Ravel. Et puis, il y a le Requiem dont je parlais tout à l’heure, qui existe en trois versions : une version pour chœur, orgue et orchestre, puis une version pour chœur et orgue, enfin une version utilisant un effectif réduit, dit « d’église », qui comprend, outre le chœur et l’orgue, les cordes avec, optionnellement, une harpe, deux ou trois trompettes, et deux, trois ou quatre timbales. La première audition de la version originale eut lieu en 1947, sous la direction de Roger Désormière.
 
Pour célébrer les trente ans de sa mort, le Chœur de Radio France va interpréter son Requiem, le 17 février, ainsi que quatre motets…
Oui, et Yves Castagnet, lors du même concert, va aussi donner le Prélude et fugue sur le nom d’Alain Le 13 mars, toujours à l’Auditorium de la Maison de la radio, Olivier Latry va jouer la Suite. Et au mois de mai, dans le cadre de l’inauguration officielle de notre instrument, un jeune organiste va interpréter le Prélude, Adagio et Choral varié sur le thème du Veni creator. Nous allons également proposer, à cette occasion, un concerto pour piano de Beethoven arrangé pour piano et orgue. Et j’espère qu’un jour nous pourrons écouter la version orchestrale de la Suite due au jeune chef d'orchestre Pieter Jelle de Boer.
 
Propos recueillis par Christian Wasselin
 
Le concert du 17 février sera diffusé en direct sur France Musique.
 
L’Association Marie-Madeleine et Maurice Duruflé publie chaque année un volume d’études sous la houlette d’Alain Cartayrade (www.france-orgue.fr).

 

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