Enregistrer un concert

Mardi 12 janvier 2021
Enregistrer un concert | Maison de la Radio
Y a-t-il un art de la prise de son ? Sans doute, mais c’est un art paradoxal, car il s’agit de restituer le plus fidèlement possible le concert qu’on diffuse ou qu’on enregistre. « Cacher l’art par l’art même », disait Rameau.
 
Art ou artisanat ? « Chaque preneur de son forme son esthétique en fonction de sa propre expérience et en écoutant les autres. Une fois la technique maîtrisée, l’art de la prise de son s’exprime à travers la sensibilité du preneur de son, ce qu’il ressent à l’écoute des musiciens et sa connaissance des œuvres, explique Cyril Bécue, ingénieur du son à Radio France. L’art de la prise de son est le supplément d’âme ajouté à la technique. »

Quel est l’apport du preneur de son, précisément ? Doit-il s’efforcer d’être le plus transparent possible et de laisser s’exprimer la musique et les musiciens ? « C’est la question éternelle ! Le preneur de son est un messager, à ceci près que chacun des auditeurs présents dans une salle de concert entend quelque chose de différent. Le chef entend le son direct, dans la salle on entend un son réverbéré. Et on perçoit autre chose selon que l’on se trouve au balcon ou au parterre, au milieu ou sur les côtés. La prise de son constitue à transmettre à une personne qui n’est pas dans la salle une image musicale idéale, avec les cordes devant, les vents derrière et les percussions tout au fond. »

Pascal Besnard a été pendant trente-huit ans ingénieur du son à Radio France. Son avis tient en une phrase : « Pour qu’une prise de son soit belle, il faut qu’un sujet soit beau. » Il nuance toutefois, selon le type de musique : « Un enregistrement de musique dite classique doit être le miroir de ce qu’on entend dans la salle. Le preneur de son doit y mettre le moins possible sa pâte sonore afin de restituer la dynamique de l’orchestre, l’acoustique de la salle, les timbres des instruments. Dans le cas du rock ou de la pop, la musique impose un équilibre qui exige l’intervention d’une technique personnelle. Si l’on coupe la sonorisation d’un concert de rock, la batterie, instrument acoustique, sonnera toujours trop fort. Le guitariste augmentera alors le son, la basse fera de même, sachant que la voix voudra elle aussi se faire entendre. Par ailleurs, les musiciens bénéficient d’un retour sur scène pour s’entendre de manière équilibrée ; il faut que le son passe au-dessus des retours afin qu’on ne les entende pas dans la salle. Ceux qui sonorisent un concert de rock ont davantage de latitude dans une grande salle. »

L’ingénieur du son parle de largeur, de profondeur, de relief, de transparence, de dynamique, d’équilibre spectral. « Ce qu’il faut, dit Cyril Bécue, c’est donner l’illusion à l’auditeur qu’il est aussi spectateur. Je me souviens d’un Requiem de Mozart au Théâtre des Champs-Élysées, où l’acoustique est sèche, où le son ne vit pas. Nous avons essayé, non pas d’aboutir à une acoustique d’église, mais de donner du confort à l’auditeur en ajoutant un peu de réverbération. Il y a aussi le cas des salles qui donnent très différemment selon que le public est là ou non, la basilique de Saint-Denis par exemple. » Mais s’il faut réussir à faire entendre ce qu’on entend dans la salle, « on ne pourra jamais atteindre le même degré de dynamique, explique Pascal Besnard. Il faut aboutir à ce résultat avec le moins grand nombre de microphones possible, au risque de casser les plans sonores. D’où l’importance de la base stéréo, couple de micros espacés de 60 à 80 centimètres, qui vont prendre la largeur, la profondeur et la couleur de l’orchestre, et vont apporter au moins 70% de la prise de son. Les micros d’appoint servent, dans les dynamiques extrêmes, à aller chercher des points sonores. Ils représentent aussi une sécurité. »

Se pose aussi la question des concerts faits d’œuvres très différentes : il faut alors trouver des compromis, ou installer deux couples qui seront utilisés en fonction des œuvres.

« Un preneur de son sait que chaque micro a sa couleur, dit Cyril Bécue. Ce qu’il faut, c’est associer tel micro à tel instrument ou à tel groupe d’instruments. On peut comparer l’apport des micros d’appoint au grain en photographie. » Si le micro d’appoint est dans l’axe de la table du violon, il récupère aussi des sons dits « résiduels » (réflexions des timbales ou des cuivres sur les murs, par exemple). Si la flûte est située près des timbales, il y aura aussi beaucoup de parasites. « Si un micro est trop près du hautbois, il déforme le timbre de l’instrument, développe Pascal Besnard. Et le couple de micro, au-dessus du chef, sera déphasé par rapport au hautbois. Car un micro proche capte plus rapidement le son que les micros qui sont plus loin. Restituer un violon est moins problématique qu’un piano ou des percussions, car la réverbération sur les murs produit de tout petits retards qui brouillent l’écoute. Par ailleurs, plus on va chercher un son serré (par un effet de zoom), plus on va déformer le timbre. C’est le contraire dans le domaine de la variété, où l’on choisit précisément des micros qui pourront colorer les timbres. Un micro d’appoint est à un ou deux mètres au-dessus de l’instrument lors d’un concert classique, à cinq centimètres lors d’un concert de variété ! »

 Quels micros pour quels usages ? « Un micro réagit différemment selon sa dynamique et sa directivité, dit Cyril Bécue. Le micro omnidirectionnel, comme son nom l’indique, ne privilégie aucune direction, capte tout ce qui l’entoure, et donc ne sélectionne pas ce qui peut polluer le son. Le micro directionnel ou cardioïde, lui, prend le son dans l’axe. On parle de micro hypocardioïde, catégorie intermédiaire entre cardioïde et omnidirectionnel, mais aussi, a contrario, de micro hypercardioïde. » Tout est question de nombre et surtout de dosage. « On installe un panoramique de cordes, car les cordes sont installées sur 180°, fait de six micros, continue Cyril Bécue. Mais on a besoin de préciser les contrebasses pour le rendu spectral. Les bois, il faut aussi les préciser, ce qui ne veut pas dire les individualiser, ni a fortiori les transformer en solistes. On utilise donc six à huit micros pour les bois, d’autant plus que l’orchestre est fourni comme c’est le cas chez Stravinsky ou Mahler qui utilisent la clarinette basse, le contrebasson, etc. Les cuivres, eux, sortent naturellement dans le couple. Des instruments comme le piano d’orchestre, le célesta ou la harpe doivent également être précisés, cependant que les timbales et les percussions en général ont besoin de netteté dans l’attaque. On ajoutera aussi des ambiances, via deux ou quatre micros, dans le champ réverbéré. » On atteint vite un total de vingt micros d’appoint !

Un chantier est en cours à l’auditorium de Radio France : suspendre des micros à la canopy, comme c’est le cas à Boston ou à la Philharmonie de Paris. « J’en ai fait installer deux au Théâtre des Champs-Élysées, qu’on fait monter et descendre avec un petit moteur silencieux, explique Cyril Bécue. On aimerait en avoir une vingtaine à l’auditorium. » Une solution très appréciée en cas de captation télévisuelle, car on ne voit dans ce cas aucun pied de micro !
 
Propos recueillis par Christian Wasselin
 

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