Kurt Masur parle de Mendelssohn

Jeudi 19 juin 2014
Kurt Masur parle de Mendelssohn | Maison de la Radio

Kurt Masur dirigera un programme entièrement consacré à Mendelssohn le 3 juillet au Théâtre des Champs-Élysées. Il nous parle ici de ce compositeur qu’il chérit entre tous.
L’état de santé de Kurt Masur l’empêchant de voyager cette semaine, le concert du 3 juillet est malheureusement annulé.

 Kurt Masur, qui est Mendelssohn pour vous ?

— Un très grand compositeur.

Aussi grand que Schubert, Schumann, Wagner…

— Oui, oui, oui ! Mendelssohn est parfois tenu à l’écart, écouté avec condescendance, considéré comme un classique attardé parmi les romantiques. Ce sont des idées reçues dont j’aimerais montrer qu’elles ne sont pas fondées. Avec la flexibilité, la souplesse de sa musique, sa capacité à changer d’atmosphère et de couleur en fonction du sujet, Mendelssohn est peut-être plus près d’une certaine sensibilité française. Beethoven est toujours allemand dans sa musique, il se situe dans la continuité d’un certain classicisme, même s’il s’est nourri des idées de la Révolution française. Mendelssohn, lui, disposait d’un plus vaste héritage, il ne pouvait pas être humaniste de la même manière que Beethoven. Son éducation a été bien plus soignée, il connaissait très bien la poésie, la peinture, il était lui-même fin dessinateur (et l’a prouvé lors de son voyage en Italie). Son éducation fut aussi plus cosmopolite : n’oubliez pas que son grand-père, Moses Mendelssohn, était l’un des grands penseurs de l’Aufklärung, et qu’il fut reçu par Goethe. Alors que Beethoven dut toujours lutter, Mendelssohn fut un enfant choyé et un enfant prodige ! On le comparait volontiers à Mozart. Il y a dans sa musique un raffinement qui procède de la vie qu’il a connue.

Comment ces différences se traduisent-elles sur le plan musical ?

— L’imagination visionnaire de Beethoven est contenue dans la forme jusqu’à la Huitième Symphonie, puis éclate dans la Neuvième ; cette véritable création du monde, on en retrouve l’écho chez Mahler. Mendelssohn, lui, est plus littéraire, plus pittoresque, plus léger : j’entends par là plus élégant dans la ligne, plus fluide, plus clair dans l’orchestration. Sa profonde connaissance de tous les styles musicaux le rend plus aimable et moins sauvage. D’un autre côté, l’éducation ouverte qu’a reçue Mendelssohn a bénéficié à la conception qu’il avait de son rôle de musicien à la tête du Gewandhaus de Leipzig. Mendelssohn eut le désir de ressusciter une musique perdue : en 1829, il a redonné la vie à la Passion selon saint Matthieu de Bach oubliée depuis cent ans ! C’est le premier musicien, à ma connaissance, qui ait éprouvé la responsabilité qui était la sienne face à ses concitoyens, alors que Beethoven était concentré sur lui-même et sur son œuvre.

Quelles différences entendez-vous entre les symphonies de Mendelssohn et celles de ses contemporains, celles de Schumann par exemple ?

— Savez-vous que Mendelssohn fut lui aussi amoureux de Clara ? Amour impossible et inabouti, bien sûr. Mendelssohn était aussi très lié à sa propre sœur Fanny. Il mourut d’ailleurs brutalement, six mois après sa sœur, à trente-huit ans. Étrange destin ! Pour revenir à la musique, je crois que Mendelssohn a eu à cœur de défendre la musique de son ami Schumann, bien qu’elle fût très différente de la sienne. La musique de Schumann représente une manière de révolution spirituelle, elle est l’écho musical d’un moment de l’esprit allemand, celui qui va du Sturm und Drang et s’épanouit dans le romantisme littéraire. C’est un monde qu’on retrouve aussi dans l’univers de Wagner. Schumann fuyait en avant dans la musique pour oublier sa mélancolie, pour essayer de retrouver l’esprit qu’il sentait se dérober. Doué par la nature et par la vie, Mendelssohn n’avait les mêmes angoisses. Ce qui ne l’empêche pas de composer sur un texte de Goethe Die erste Walpurgisnacht (La première nuit de Walpurgis). Mais si Schumann figure la nuit, Mendelssohn ne représente pas seulement la lumière, ce qui serait trop simple. Diriger Mendelssohn, ce n’est pas se détendre après la tension imposée par un compositeur réputé plus tourmenté, c’est s’efforcer de trouver le style qui convient à cette musique. C’est-à-dire, d’abord, s’appuyer sur l’articulation, qui fait coïncider la matière musicale et la légèreté.

Propos recueillis par Christian Wasselin

Le concert du 3 juillet sera diffusé le 9 juillet à 20h sur France Musique.

 voir le site de la maison de Mendelssohn à Leipzig

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