La voix humaine et l’enfant terrible

Mardi 12 janvier 2021
La voix humaine et l’enfant terrible | Maison de la Radio

Barbara Hannigan sera la malheureuse héroïne de La Voix humaine, les 6 et 7 janvier. Un monodrame composé sur un texte de Cocteau qui, toute sa vie durant, eut les musiciens pour complices.
 

Il n’est pas si facile de mettre la main sur une photographie du groupe des Six au complet : il manque toujours l’un des compositeurs, ou bien l’un des six est présent sous la forme d’un dessin, ou bien il est remplacé par un poète ami des musiciens. Dans le portrait qu’en a fait Jacques-Émile Blanche, conservé au musée des beaux-arts de Rouen, c’est le contraire : il y a pléthore de personnages ! On compte bien six compositeurs (attention, celui du fond n’est pas Louis Durey mais Jean Wiener, qui ne faisait pas partie du groupe !), auxquels il faut ajouter la pianiste Marcelle Meyer, et tout à fait à droite, en haut, Jean Cocteau. Cocteau est quelquefois présent, également, dans certaines photographies où les Six sont réunis. Car Cocteau était l’ami des Six, et il continua de leur témoigner individuellement son amitié lorsque le groupe se sépara, c’est-à-dire très rapidement. Une pochade collective sur un texte de Cocteau (Les Mariés de la tour Eiffel, comprenant neuf morceaux répartis entre cinq des six compositeurs, Louis Durey ne figurant pas sur la liste), et un manifeste également signé par Cocteau (Le Coq et l’Arlequin), donnèrent un temps l’illusion d’une esthétique commune, mais les dîners qui réunissaient les six musiciens, le samedi, au cabaret Le Bœuf sur le toit, s’arrêtèrent en 1923 après la mort du jeune Raymond Radiguet, ami de Cocteau (Durey s’en était retiré dès 1921, raison qui explique son absence du tableau évoqué plus haut).

Dans la Préface écrite en 1922 pour Les Mariés de la tour Eiffel, Cocteau explique quelle était alors son esthétique : « Le poète doit sortir objets et sentiments de leurs voiles et de leurs brumes. (…) La jeune musique se trouve dans une situation analogue. Il s’y crée de toutes pièces une clarté, une franchise, une bonne humeur nouvelles. »

Poulenc expliquait pour sa part : « Jean Cocteau, que toute nouveauté attire, n’a pas été notre théoricien, comme d’autres l’ont prétendu, mais notre ami et notre brillant porte-parole. »
Cocteau fut ainsi l’ami fidèle de Poulenc, d’Auric et des autres. Car « il y avait entre la musique et Jean Cocteau des liens d’intimité organiques, explique Henri Sauguet. Sans doute n’était-il pas exécutant ou compositeur. Il n’empêche qu’il appartenait au monde des sons, à l’univers orphique, par osmose ou transfert. » Pour Milhaud, il signa l’argument du Bœuf sur le toit et le livret de Pauvre Matelot. Au début des années 20, Honegger composa les Six Poésies de Jean Cocteau ; sept ans plus tard, à La Monnaie de Bruxelles, était créée son Antigone, sur un livret de Cocteau inspiré de Sophocle (le compositeur avait dès 1922 composé une musique de scène pour la pièce de Cocteau, créée le 20 décembre au Théâtre de L’Atelier). Honegger écrivit également de nombreuses musiques de film (pour Abel Gance, Pagnol, Pabst…), mais c’est Georges Auric qui fut le compositeur de la plupart des films de Cocteau, du Sang d’un poète (1930) jusqu’au Testament d’Orphée (1960) via L’Éternel retour (1943), La Belle et la Bête (1946) ou Orphée (1950).

Quant à Poulenc, Cocteau lui inspira les trois chansons de Cocarde (dédiées à Auric !), la comédie lyrique Le Gendarme incompris, les deux monologues composés pour Denise Duval et créés par elle sous la direction de Georges Prêtre : La Voix humaine (en 1959 à l’Opéra Comique) et la poignante Dame de Monte-Carlo (en 1961 au Théâtre des Champs-Élysées, avec l’Orchestre National) ; sans oublier, sur le tard, la musique de scène de Renaud et Armide.

Cocteau avait commencé sa carrière dans la musique avec le ballet Parade de Satie, créé en 1917 par les Ballets russes avec des costumes de Picasso, mais on ne saurait oublier Stravinsky, pour qui Cocteau écrivit le livret de l’opéra-oratorio Œdipus rex. Stravinsky raconte : « J’avais demandé à Cocteau d’écrire un livret très banal, pour un grand public, mais Cocteau m’écrivit un livret wagnérien, alors que personne n’a jamais compris les livrets de Wagner, ni Wagner lui-même, ni Hitler. Pas d’inquiétude, je vais en faire un autre, me répondit alors Cocteau. Son deuxième livret était moins wagnérien, certes, mais il était encore wagnérien ! Il le refit encore une fois, et à la troisième tentative, il aboutit à un livret d’opéra italien. »

Ce livret fut traduit en latin par Jean Daniélou, et Œdipus rex créé le 30 mai 1927 au Théâtre Sarah-Bernhardt.
 
Christian Wasselin
  

Humaine, trop humaine

 
Dans une lettre adressée à Francis Poulenc le 6 décembre 1958, Jean Cocteau explique comment il voit l’héroïne de La Voix humaine :
 
« Le personnage ne doit pas être d’aspect tragique. Il ne doit pas être d’apparence frivole. Aucune recherche d’élégance. La jeune femme a mis ce qu’elle avait sous la main mais elle attend ce téléphone et croit être vue. Malgré son mensonge de la robe rose il y a donc son élégance, celle d’une jeune femme habituée à être élégante. La note tragique sera soit un châle, soit un trench-coat ou loden qu’elle jettera sur ses épaules sans l’ombre de coquetterie parce qu’elle a froid, froid au-dedans. C’est ainsi que je la ferai se chauffer au feu de la rampe. »
 
 

Ecouter La voix humaine

La Voix humaine, Barbara Hannigan - Concert sans public

La Voix humaine, Barbara Hannigan - Concert sans public  | Maison de la Radio
Concert France Musique

Orchestre Philharmonique de Radio France

Concert sans public diffusé  le 30 janvier sur France Musique. ...
Samedi30janvier202120h00 Maison de la radio - Studio 104

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL