L’insoutenable légèreté de Beethoven

Vendredi 24 juillet 2020
L’insoutenable légèreté de Beethoven | Maison de la Radio

Dans L’Insoutenable Légèreté de l’être, l’écrivain Milan Kundera place les amours de Tomas et de Teresa sous le signe du Seizième Quatuor de Beethoven, que nous pourrons entendre joué par les Diotima.
 
Le héros de Kundera reprend à son compte les deux interrogations mystérieuses inscrites par Beethoven dans la partition de son Seizième Quatuor.
 
« Tomas haussa les épaules et dit : “Es muss sein. Es muss sein.”
C’était une allusion. Le dernier mouvement du dernier quatuor de Beethoven est composé sur ces deux motifs* :
Pour que le sens de ces mots soit absolument clair, Beethoven a inscrit en tête du dernier mouvement les mots : “Der schwer gefasste Entschluss” – la décision gravement pesée.
L’allusion à Beethoven était en fait pour Tomas un moyen de revenir à Tereza, car c’était elle qui l’avait forcé à acheter les disques des quatuors et des sonates de Beethoven.
Cette allusion était plus opportune qu’il ne l’imaginait, car le directeur était mélomane. Avec un sourire serein, il dit doucement, imitant de la voix la mélodie de Beethoven : “Muss es sein ?” Le faut-il ?
Tomas dit encore une fois : “Oui, il le faut : Ja, es muss sein !” (…)
Pour nous, ce qui fait la grandeur de l’homme, c’est qu’il porte son destin comme Atlas portait sur ses épaules la voûte du ciel. Le héros beethovénien est un haltérophile soulevant des poids métaphysiques.
Tomas roulait vers la frontière suisse et j’imagine qu’un Beethoven morose et chevelu dirigeait en personne la fanfare des pompiers et lui jouait pour son adieu à l’émigration une marche intitulée Es muss sein ! (…)
À ce moment-là, il y avait de la musique à la radio. Tereza partit chercher un cognac dans le débit de boissons et tourna le bouton de l’appareil pour augmenter le volume. Elle avait reconnu Beethoven. Elle le connaissait depuis qu’un quatuor de Prague était venu en tournée dans la petite ville. Tereza (comme nous le savons, elle aspirait à “s’élever”) allait au concert. La salle était vide. Elle s’y retrouva seule avec le pharmacien et son épouse. Il y avait donc un quatuor de musiciens sur la scène et un trio d’auditeurs dans la salle, mais les musiciens avaient eu la gentillesse de ne pas annuler le concert et de jouer pour eux seuls pendant toute une soirée les trois derniers quatuors de Beethoven. »
 
Milan Kundera, L’Insoutenable Légèreté de l’être, trad. du tchèque par François Kérel, Gallimard, 1984
 
* Suit, dans le texte du roman, les fragments de la partition de Beethoven où sont portées les indications « Muss es sein ? » et « Es muss sein. »
 

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