Ma mère l'Oye, le quatre mains, le ballet

Mercredi 15 avril 2020
Ma mère l'Oye, le quatre mains, le ballet | Maison de la Radio
Le 3 octobre, l’Orchestre Philharmonique jouera Ma mère l’Oye dans sa version intégrale.
Mais le 13 février, il reviendra à la suite d’orchestre, version primitive du ballet de Ravel. Quelles métamorphoses successives a donc subi cette partition ?
 
 Ravel fait partie de ces compositeurs dont on dit qu’ils sont doués du sens de l’orchestration. Leur science du timbre est telle qu’ils peuvent, d’un modeste recueil de pièces pour piano, faire un éblouissant kaléidoscope. C’est dire aussi qu’ils ne pensent pas directement leur musique pour les couleurs de l’orchestre (contrairement à ce que fait un Berlioz, par exemple) : les instruments sont une parure qui vient magnifier une pensée musicale déjà tout entière dans la version première, celle destinée au piano, et non pas un élément de structure au même titre que l’harmonie ou le rythme. C’est ainsi que Ravel écrivit d’abord pour le clavier la Pavane pour une infante défunte, les Valses nobles et sentimentales, Le Tombeau de Couperin, Tzigane, la Rhapsodie espagnole (pour deux pianos), etc., avant de les instrumenter. C’est ainsi également qu’il signa en 1922 l’orchestration, célèbre et magistrale, des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, mais aussi, ce qu’on sait moins, celles du Carnaval de Schumann et du Menuet pompeux de Chabrier.
 
Ma mère l’Oye connut un destin comparable, mais connut une étape intermédiaire avant d’atteindre sa version définitive. Ravel raconte lui-même, dans son esquisse autobiographique de 1928 transcrite par Roland-Manuel : « Ma mère l’Oye, pièces enfantines pour piano à quatre mains, date de 1908. Le dessein d’évoquer dans ces pièces la poésie de l’enfance m’a naturellement conduit à simplifier ma manière et à dépouiller mon écriture. J’ai tiré de cet ouvrage un ballet qui fut monté par le Théâtre des arts : l’ouvrage fut écrit à Valvins à l’intention de mes jeunes amis Mimie et Jean Gobedski. »
 
Du prélude au jardin
 
L’œuvre traversa donc trois états successifs : une modeste suite pour piano à quatre mains destinée à deux enfants (créée le 20 avril 1910, Salle Gaveau à Paris, par Jeanne Leleu et Geneviève Durony, lors du premier concert de la Société musicale indépendante) ; puis l’orchestration de cette suite, que Ravel entreprit à la fin de l’année 1911 ; enfin le ballet, qui fut créé le 28 janvier 1912 au Théâtre des arts (Hébertot) sous la direction de Gabriel Grovlez.
 
Pour ce ballet, dédié à Jacques Rouché, Ravel apporta quelques modifications à sa partition : il l’augmenta d’un Prélude et d’une Danse du rouet, modifia la place de la Pavane de la Belle au bois dormant et ajouta des interludes entre les différents épisodes. Ce qui donne la succession suivante : Prélude, Danse du rouet, Pavane de la Belle au bois dormant, Les Entretiens de la Belle et de la Bête, Petit Poucet, Laideronnette, impératrice des pagodes et Le Jardin féerique.
 
Comme le précise Michel Roubinet : « Les auteurs classiques convoqués pour cette évocation des contes de l’enfance sont Charles Perrault (Les Contes de ma mère l’Oye, 1697), la comtesse Marie-Catherine d’Aulnoy (Le Serpentin vert, les Contes nouveaux ou Les Fées à la mode publiés en 1698 – pour l’histoire de Laideronnette) et Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, éducatrice de jeunes filles de la haute société, notamment à Londres ou elle composa son Magasin des enfants (1757), dont La Belle et la Bête est le conte le plus fameux. »
 
Pavane et chinoiseries
 
L’orchestre, lui, n’a rien à voir avec celui de La Valse ou de Daphnis et Chloé. Il est à l’image de l’intention initiale du compositeur : les bois vont par deux, les cuivres sont réduits à deux cors, aux cordes et aux percussions s’ajoutent une harpe. L’ensemble est toutefois traité avec une délicatesse et une impression miroitante qui plongent l’auditeur dans l’émerveillement. Il y a une part de nostalgie dans cette musique, et c’est bien naturel, mais on y chercherait en vain la moindre trace d’ironie ou de cynisme. L’atmosphère enchantée des contes, même dans les moments de grande douceur (Pavane de la Belle au bois dormant), est rendue avec des couleurs mystérieuses propices à tous les scintillements des bois aigus et des percussions (Danse du rouet, Laideronnette) ou à toutes les inquiétudes (le contrebasson de la Bête).
 
« Quant aux chinoiseries de Ma mère l’Oye, écrit Vladimir Jankélévitch, elles font penser aux tableautins de Boucher comme les turqueries de Mozart aux Lettres persanes et à tout un exotisme alla turca qui est aussi très louis-quatorzième. » Telle quelle, et comme le sera plus tard L’Enfant et les Sortilèges, Ma mère l’Oye est une œuvre toute pleine des parfums du rêve. Elle est aussi éloignée de ce qu’on appelle communément l’école franckiste que de l’esthétique post-wagnérienne ou de l’orientalisme à la mode des Ballets russes.
 
Élégante et neuve, la partition s’inspire du monde bruissant des récits d’autrefois et fait la part belle aux évocations dépaysantes, aux couleurs métalliques de Laideronnette, jusqu’au Jardin féerique final qui apparaît comme un rideau se lève sur un monde éblouissant. « Tout entier Ma mère l’Oye est soutenu par ce sentiment que, comme le rêve, la vie est fragile, sans cesse menacée, parcourue de terreurs folles : on sait la cruauté de l’univers des contes de fées et Ravel la rappelle sous les moirures d’une instrumentation magique de bout en bout », écrit Marcel Marnat.
 
Christian Wasselin

 

Ecouter Ma Mère l'Oye

Concerto en sol, Bertrand Chamayou

Concerto en sol, Bertrand Chamayou | Maison de la Radio
Concert symphonique

Orchestre Philharmonique de Radio France

Edward Gardner direction
Bertrand Chamayou piano
En deux concerts, les 2 et 3 octobre, le pianiste Bertrand Chamayou et le chef Edward Gardner font se rencontrer Debussy, Ravel et Yann Robin, 
Samedi03octobre202020h00 Maison de la radio - Auditorium

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL