Mozart chante la sérénade

Mercredi 11 mars 2015
Mozart chante la sérénade | Maison de la Radio
La Sérénade K 361 (ou K 370a !) pour deux hautbois, deux clarinettes, deux cors de basset, quatre cors, deux bassons et contrebasse est plus connue sous le titre Gran Partita, ce qui ne simplifie pas sa dénomination. Il s’agit de l’une des plus ambitieuses partitions de musique de chambre écrite par Mozart. Elle nous est offerte le 26 mars par les musiciens de l’Orchestre Philharmonique.

TRADITIONNELLEMENT, la sérénade (de l’italien sera : soir) désigne la chanson entonnée par un amant à la tombée de la nuit sous les fenêtres de sa bien-aimée – situation représentée dans maints opéras tels L’Amant jaloux de Grétry, Don Giovanni de Mozart ou Le Barbier de Séville de Rossini. Elle devient au fil du temps une composition instrumentale exécutée au soir, en public, à l’intention d’une personne que l’on souhaite honorer. Au XIXe siècle, le genre s’éloigne de ses fonctions d’origine. Bientôt, ne subsistent plus sous l’intitulé que les principes d’une succession libre de mouvements variés, et d’une musique destinée à plaire et à charmer. Le genre se perpétue ainsi avec Beethoven (Sérénades en trio op. 8 et 25), Brahms (Sérénades pour orchestre op. 11 et 16), Dvořák et Tchaïkovski (Sérénades pour cordes op. 22 et 48), et encore au XXe avec Schoenberg (Sérénade op. 24) et Britten (Sérénade op. 31 pour ténor, cor et orchestre à cordes), lesquels, renouant avec l’antique tradition, adjoignent la voix humaine à l’ensemble instrumental.
 
La douzaine de sérénades que Mozart a laissées peuvent être rapprochées de ses nombreux divertimentos et cassations en tant que musiques de circonstance, composées à l’occasion de fêtes, de réceptions ou de célébrations publiques ou privées. Si elles s’en distinguent généralement par des dimensions plus importantes et une instrumentation plus fournie, les frontières entre ces genres à géométrie variable restent mal définies. Composés de trois à huit mouvements selon les cas, les divertimentos et sérénades de Mozart s’organisent en une alternance de morceaux de tempos lents et rapides : forme sonate, menuets, adagios, thèmes et variations, pièces en style concertant, rondo final…

A la variété des proportions répond celle du dispositif instrumental, qui va de la musique de chambre à des effectifs quasi orchestraux. Datant des années salzbourgeoises, la Sérénade « Haffner » et la Sérénade « Posthorn » (cor de postillon) exigent un important ensemble de vents et de cordes, tandis que la Serenata notturna requiert un quatuor à cordes et un petit orchestre également à cordes augmenté de timbales. La Petite musique de nuit, composée à Vienne dix ans plus tard, peut être jouée quant à elle par un simple quintette à cordes. D’autres œuvres de ce type présentent des effectifs particulièrement originaux, comme le Divertimento K 188 pour deux flûtes, cinq trompettes et quatre timbales, sans doute destiné à quelque cérémonie à la cour de l’archevêque de Salzbourg, ou le poétique Notturno K 286 pour quatre petits orchestres constitués chacun de deux cors et quatre cordes.

L'empereur ou le mariage ?

La Sérénade en si bémol majeur K 361 « Gran Partita » semble être la première de trois sérénades pour instruments à vent composées par Mozart au cours de sa période viennoise. C’est aussi celle dont l’effectif est le plus important (treize instruments), tandis que les deux autres sont écrites pour sextuor ou octuor à vent : celle en mi bémol majeur K 375 et celle en ut mineur K 388 – cette dernière transcrite plus tard pour cinq instruments à cordes comme Quintette K 406. Le regain d’intérêt de Mozart pour ce type d’instrumentation pourrait être lié à la création par l’empereur Joseph II, au début des années 1780, d’un orchestre d’instruments à vent (ou orchestre d’harmonie) constitué de musiciens de l’orchestre du Burgtheater de Vienne. Il est possible que le musicien, fraîchement installé dans la capitale autrichienne, ait entrepris ces sérénades dans le but de les faire jouer par l’Harmonie de l’empereur. On a aussi pu supposer que la Sérénade K 361 avait été composée et exécutée à l’occasion du mariage de Mozart avec Constanze Weber le 4 août 1782, à Vienne.

Selon de récentes recherches musicologiques, la composition de la Gran Partita (intitulé tracé par une main inconnue sur le manuscrit autographe) daterait des années 1781-1782. Cependant, la première exécution attestée de quatre de ses sept mouvements n’intervient qu’en 1784, lors d’un concert du clarinettiste Anton Stadler, ami de Mozart – à l’intention duquel il composa dans les dernières années de sa vie son Quintette et son Concerto pour clarinette. Dans cette partition d’une ampleur inédite pour un tel effectif, les instruments à vent, conformément à l’usage, vont par paires (hautbois, clarinettes, cors de basset, cors en fa, cors en si bémol, bassons). La contrebasse, seul instrument à cordes, assume son rôle traditionnel de basse. La présence du cor de basset (sorte de clarinette au registre plus grave) est à relever, puisque c’est là la première apparition chez Mozart de cet instrument qu’il emploiera ensuite à plusieurs reprises jusque dans son Requiem.
 
A la manière des chanteurs

Œuvre maîtresse de la maturité mozartienne, la Gran Partita subjugue par la richesse de ses combinaisons instrumentales, la constante inventivité et l’élégance de son écriture mélodique, la variété des atmosphères qu’abrite chacun des sept mouvements. Dès la brève introduction lente, l’ensemble à vent sonne de manière orchestrale ; dans le premier mouvement, de forme sonate, Mozart se plaît à jouer sur l’opposition et la mise en valeur des différents timbres, confiant alternativement l’amorce du thème principal aux principaux pupitres aigus. Le premier Menuetto est riche en contraste avec ses deux trios, l’un confié à la chaude voix des clarinettes et cors de basset, l’autre plus rythmique et dominé par les timbres perçants du hautbois et du basson.
 
Dans l’Adagio – l’une des plus merveilleuses pages de Mozart –, hautbois, clarinette et cor de basset se répondent tels les chanteurs solistes d’un trio d’opéra, baignés de l’accompagnement doucement syncopé des autres instruments. De construction similaire au premier, le second menuet est beaucoup plus court, avec des trios là encore très contrastés, dont le second adopte l’allure d’un ländler (ancêtre de la valse). La douce quiétude qui imprègne la Romance est brièvement troublée par un épisode Allegretto où se distinguent les cors de basset et le premier basson. Non dénué d’un certain humour, le Thème du sixième mouvement joue de motifs tournant sur eux-mêmes, renouvelés dans chacune de ses six variations par de multiples combinaisons – soulignons les traits de virtuosité des clarinettes dans la troisième variation, et la magique cinquième variation (Adagio) où clarinettes et cors de basset accompagnent le hautbois solo en arpèges pianissimo. Bref rondo, jovial et enlevé, le Molto allegro final clôt la partition sur un franc sourire ; entre son refrain claironnant et ses couplets « à tiroirs », Mozart montre qu’il n’est pas inférieur à son aîné Joseph Haydn dans l’art de la surprise et de la plaisanterie musicales.
 
Gilles Saint-Arroman
 
Le concert du 26 mars sera diffusé ultérieurement sur France Musique.

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