Pourquoi Compostelle ?

Mercredi 9 septembre 2020
Pourquoi Compostelle ? | Maison de la Radio
Pour tout pèlerin qui se rend à Saint-Jacques-de-Compostelle, le Codex calixtinus est à la fois une bible et un guide de voyage. Il résonnera dans les voix du Chœur de Radio France lors du concert que dirigera Martina Batič le 29 octobre.
 
Deux objets devenus signes balisent les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle : la croix et la coquille. La croix, c’est celle, évidemment, sur laquelle est mort le Christ, inspirateur de tous les pèlerinages catholiques. Et ce n’est pas un hasard si le pèlerinage à Compostelle a été ajouté à ceux de Rome et de Jérusalem par le pape Alexandre VI en 1492 au sein des pèlerinages essentiels de la chrétienté. Cette année-là est en effet appelée année cruciale par les Espagnols : outre la prise de Grenade par les troupes des couronnes d’Aragon et de Castille, c’est en 1492 qu’eut lieu l’expulsion des juifs d’Espagne et, bien sûr, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Il y eut les croisades vers Jérusalem ; il y eut les chemins qui tous, comme on le sait, mènent à Rome ; il y aurait aussi, désormais, les chemins de Compostelle.
 
Quant à la coquille, c’est l’emblème de saint Jacques, dont la fête est célébrée chaque 25 juillet et dont le tombeau est le but ultime des pèlerins de Compostelle, qu’on appelle les jacquets. À l’origine, on trouve les coquillages ramassés par les pèlerins sur les plages de Galice et rapportés en guise de preuve. La coquille permet différents usages (boire, mendier, etc.) et protège des mauvais sorts. Aujourd’hui, la chair lovée au sein de la coquille reste un mets délicieux, surtout si elle provient des rias de la côte galicienne, que l’on peut comparer à des fjords de Norvège.
 
L’autre finisterre
 
Il y a deux Jacques parmi les douze apôtres qui accompagnaient le Christ, appelés Jacques le majeur et Jacques le mineur. Celui qui fut enterré à Compostelle est Jacques le majeur, par ailleurs frère de Jean (l’auteur de l’un des Évangiles et de l’Apocalypse*). Sa biographie fait l’objet de controverses au sein des historiens. Selon la tradition, Jacques aurait quitté la Palestine après la mort du Christ, serait parti pour la péninsule ibérique afin de l’évangéliser, puis, revenu en Palestine, aurait été décapité sur ordre d’Agrippa Ier, petit-fils d’Hérode (celui qui a ordonné le massacre des Innocents). Son corps aurait ensuite été ramené par ses disciples sur un bateau jusqu’en Espagne, via le détroit de Gibraltar. Ce dernier voyage est attesté dans le Codex Calixtinus ou Liber Sancti Jacobi (« Livre de saint Jacques »), titre qui donnera en espagnol Sant Iago, d’où le nom actuel de la ville où est enterré saint Jacques, Santiago, nom qu’on retrouve dans d’autres pays de langue espagnole.
 
Quant au nom « Compostelle », il faut y lire « champ de l’étoile » (campus stellae). La ville se situe à l’extrême nord-est de la péninsule ibérique, dans cette région appelée Galice dont les paysages ressemblent étonnamment, par certains côtés, à ceux de la Bretagne, de l’Irlande ou encore de la Norvège, comme on l’a vu plus haut. C’est un bout du monde, un finisterre. C’est là le pays des Celtibères, qui envoient régulièrement des musiciens au Festival interceltique de Lorient.
 
Perdu, puis retrouvé par l’évêque Théodomir et le moine Pélage au IXe siècle (au début de la reconquista chrétienne sur les musulmans), le tombeau de saint Jacques fut rapidement l’objet d’un pèlerinage. C’est Charlemagne, le premier, qui indiquera l’importance du voyage à Santiago de Compostela après que saint Jacques lui fut apparu dans la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle où il méditait ; ce jour-là, dit la légende, le saint indiqua à l’empereur le chemin d’étoiles qui devait le conduire jusqu’à son tombeau. Et Charlemagne se rendit à Saint-Jacques. Plus tard, Louis VII s’y rendra à son tour (en 1154), en attendant saint François d’Assise (qui y arrivera en 1214, selon Jacques Le Goff).
 
Le pèlerinage à Saint-Jacques fut porté au rang de grand pèlerinage, comme on l’a vu, en 1492. Auparavant, il était peu à peu tombé en désuétude : la peste noire du XIVe siècle puis la guerre de Cent ans étaient passées par là. La Réforme, les guerres de religion, le scepticisme des Lumières accentuèrent son déclin jusqu’à ce qu’il reprenne vigueur à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, 300 000 pèlerins, chaque année, se rendent à Santiago, la plupart à pied, en empruntant l’un des chemins qui finissent par se réunir à Puente-la-Reina, en Navarre, au sud-ouest des Pyrénées espagnoles. Le Codex calixtinus évoque quatre chemins français partant de Vézelay, du Puy-en-Velay, de Tours et de Saint-Martin-du-Gard. Leur tracé rappelle le dessin de la coquille, dont les lignes, parties des extrémités, finissent par se réunir.
 
Pour se maintenir en forme, le marcheur a toujours chanté. Porté par la foi, le pèlerin chante avec une ferveur redoublée. C’est ainsi que le Codex calixtinus, encore lui, contient des chants qu’ont interprétés de nombreux ensembles de musique ancienne tels que Musica antigua, Cum jubilo, Discantus, Amadis ou Luar na Lubre. John Eliot Gardiner a enregistré un Pilgrimage to Santiago avec son Monteverdi Choir. L’ensemble Ultreia tire son nom d’un cri de ralliement que se lancent les jacquets au long du camino : « Ultreia ! », qu’on peut traduire par « allons outre, plus loin, plus haut ! ». Il s’agit du refrain d’un chant que connaissent tous les pèlerins (et qui se trouve bien sûr dans le Codex calixtinus !) et dont les couplets ont été composés par Jean-Claude Benazet.
 
D’autres artistes ont voulu à leur manière illustrer la ferveur qui baigne le chemin du pèlerinage ou simplement en dire le pittoresque ; et on n’étonnera personne en affirmant qu’il y a plus d’émotion dans la chanson Compostelle d’Anne Sylvestre que dans À Compostelle (qu’a enregistré Annie Cordy avec la componction qu’on imagine), dans Vers Compostelle de Léon Gantelet, ou encore dans Les Chemins de Compostelle interprétés par Bernard Marly dans un enregistrement de la collection « Guinguette accordéon musette » ! Bernard Marly a longtemps accompagné le Tour de France : il lui aurait suffi de quitter discrètement la Grande boucle pour se retrouver sur le camino.
 
Florian Héro
 
À propos du Codex calixtinus
 
Le recueil appelé Codex calixtinus doit son nom à Calixte II, pape de 1119 à 1124, qui a eu l’idée de réunir les éléments qui le composent. Détail qui n’en est pas un : Calixte était né en Bourgogne, et l’on ne saurait trop rappeler l’importance des clunisiens et des bénédictins dans la rédaction du Codex, notamment du premier Livre. Ce recueil est inépuisable pour qui veut retrouver l’âme et l’esprit du pèlerinage. Il comprend cinq livres évoquant la liturgie de saint Jacques, les vingt-deux miracles attribués au saint, le martyre qu’il a subi et la translation de son corps, la vision de Charlemagne quand Jacques lui apparut à Aix-la-Chapelle, et un dernier livre que l’on peut considérer, selon Don José Maria Diaz, doyen de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle, comme le premier guide touristique d’Europe, car il évoque le camino (le « chemin ») mais aussi tous les lieux où peut s’arrêter le pèlerin sur l’un des itinéraires qu’il emprunte.
 
Il s’agit aussi d’un livre essentiel pour les musiciens car il comporte un ensemble de chants à trois voix qui sont les premiers de l’histoire de la polyphonie. Le Chœur de Radio France y puisera d’abondance à l’occasion du concert du 29 octobre.
 
F. H.
 
 

Le concert du Chœur de Radio France du 29 octobre

CHORUS LINE #2

CHORUS LINE #2 | Maison de la Radio
Musique chorale

Chœur de Radio France

Martina Batič direction
Les chemins de Saint-Jacques, c’est d’abord un esprit qui plane aussi bien chez Poulenc et Rachmaninov que chez Morales et Victoria, sans oublier le 
Jeudi29octobre202020h00 Maison de la radio - Studio 104

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL