Rome, l’unique objet de notre adoration

Vendredi 6 mars 2020
Rome, l’unique objet de notre adoration | Maison de la Radio
Le 4 avril, à la tête de l’Orchestre National de France, Riccardo Muti dirigera un programme composé d’œuvres inspirées par la ville éternelle. Petite escapade entre les sept collines.
Les Gonzague à Mantoue, les Médicis à Florence ont été les mécènes que l’on sait, et c’est dans leurs palais que s’est inventé aux confins du XVIe et du XVIIe siècle un genre nouveau qu’on appellera opéra. Plus tard, la Fenice de Venise, la Scala de Milan, le San Carlo de Naples, sont devenus des lieux de création et de représentation lyrique parmi les plus illustres. Même s’il est plus difficile d’associer Rome à un théâtre emblématique, la création du Barbiere di Siviglia de Rossini en 1816 au Teatro Argentina et celle de La Cenerentola au Teatro Valle l’année suivante, celles du Trovatore (1853) et du Ballo in maschera (1859) de Verdi au Teatro Apollo, celle de Cavalleria rusticana de Mascagni au Teatro Costanzi en 1890, font date dans l’histoire d’une ville qui n’est capitale de l’Italie que depuis 1871.

On ne saurait cependant oublier la vie lyrique très riche qui s’épanouit à Rome au XVIIe et au XVIIIe siècle, de La rappresentazione di anima et di corpo de Cavalieri (1600) aux premiers opéras d’Alessandro Scarlatti, en passant par Sant’Alessio de Landi (1631), qui met en scène Rome en tant que personnage. Les théâtres Tor di Nona et Alibert firent alors les beaux jours d’une ville où le pape pouvait aussi bien être mécène (Clément IX, alias Guglio Rospigliosi, fut un librettiste prodigue avant d’être élu au Vatican) que censeur, où les familles Conti, Corsini et autre Barberini firent construire des palais bien sûr équipés de théâtres, où la reine Christine de Suède vécut en exil de 1668 à 1689, et fut l’élève de Corelli.

Mais c’est peut-être Tosca, opéra créé à Rome et dont l’action se situe à Rome, qui figure peut-être le mieux la Ville éternelle dans l’imaginaire collectif. L’église Sant’Andrea della Valle, le palais Farnese et le castello Sant’Angelo (le château Saint-Ange) sont les décors successifs des trois actes de cet opéra qui vit le jour le 14 janvier 1900 au Teatro Costanzi.

Il serait vain ici de faire la liste des très nombreux ouvrages dont l’intrigue se noue quelque part dans l’empire romain, voire dans la capitale de cet empire. L’incoronazione di Poppea de Monteverdi (ah, les adieux d’Ottavia répudiée à sa ville bien-aimée !), La clemenza di Tito de Mozart, Nerone de Mascagni, plus près de nous Bérénice de Michael Jarrell (créée en 2018 au Palais Garnier avec Barbara Hannigan), mettent en scène des empereurs romains se débattant avec le pouvoir. On ne saurait oublier Les Horaces de Salieri, ni The Rape of Lucretia de Britten, ni bien sûr le legs berliozien. Car si Berlioz fit tout pour remporter le Grand Prix de Rome, il mit tout en œuvre également pour « être dispensé de ce stupide voyage de Rome », allant jusqu’à demander à son médecin un certificat de complaisance attestant de ses « affections nerveuses, accompagnées de symptômes de congestion cérébrale », certificat accompagné de recommandations signées Fétis, Meyerbeer et Lesueur. Démarche qui n’aboutira pas : Berlioz se rendra à Rome, préférera certes l’« Italie sauvage » à sa « caserne académique » (la Villa Médicis !), mais se nourrira de mille impressions qui fleuriront dans nombre de ses partitions à venir. C’est ainsi qu’il situera à Rome son opéra Benvenuto Cellini, créé en 1838 à l’Opéra de Paris*, où l’on se trouve sur la place Colonne, au Colisée, etc., où l’on entend même, à la fin du deuxième tableau, le canon du fort Saint-Ange !

Berlioz détestait le carnaval romain : « Je ne pouvais concevoir (je ne le puis encore) quel plaisir on peut prendre aux divertissements de ce qu’on appelle à Rome comme à Paris les jours gras !... fort gras, en effet ; gras de boue, gras de fard, de blanc, de lie de vin, de sales quolibets, de grossières injures, de filles de joie, de mouchards ivres, de masques ignobles, de chevaux éreintés, d’imbéciles qui rient, de niais qui admirent, et d’oisifs qui s’ennuient », écrit-il dans ses Mémoires. C’est pourtant le carnaval qui nous vaut quelques-unes des pages les plus brillantes de son opéra, et c’est, à partir de deux motifs de sa partition, qu’il mettra au point, six ans plus tard, l’Ouverture du Carnaval romain, page de concert qui a été dirigée par Emmanuel Krivine, en septembre dernier, à l’occasion du concert d’ouverture de l’Orchestre National (n’oublions pas au passage Coriolan, l’ouverture composée par Beethoven en 1807 !).

Bizet sera lui aussi pensionnaire de la Villa Médicis, et Rome lui inspirera une symphonie dite « Roma », qu’il ne cessera de réviser sans qu’elle lui donne jamais une satisfaction définitive (seuls des fragments en ont été créés de son vivant, en 1863 et en 1869). Le jeune Saint-Saëns est lui aussi l’auteur d’une symphonie intitulée « Urbs Roma », créée en 1857, mais c’est sans doute Respighi qui nous a laissé, au XXe siècle, l’hommage le plus ému et le plus étoffé à la Ville éternelle avec son célèbre triptyque réunissant les Fontaines de Rome, les Pins de Rome et les Fêtes romaines. Le volet central est au programme du concert du 5 avril : ne boudons pas notre plaisir ! Et répétons à Camille qu’elle a tort de voir en Rome l’unique objet de son ressentiment.
 
Christian Wasselin
 
* Le Chœur de Radio France et l’Orchestre National en ont gravé la version originale, sous la direction de John Nelson (4 CD Virgin).
 

Ecouter Riccardo Muti

Bizet / Berlioz, Riccardo Muti - Annulé

Bizet / Berlioz, Riccardo Muti - Annulé | Maison de la Radio
Concert symphonique

Orchestre National de France

Riccardo Muti direction
Marie-Nicole Lemieux contralto
Le tempérament brûlant de Marie-Nicole Lemieux accompagne Riccardo Muti, fidèle entre les fidèles de l’Orchestre National de France.
Dimanche05avril202019h30 HORS LES MURS Philharmonie de Paris

INSCRIPTION AUX NEWSLETTERSX

Chaque mois, recevez toute l’actualité culturelle de Radio France : concerts et spectacles, avant-premières, lives antennes, émissions, activités jeune public, bons plans...
Sélectionnez la ou les newsletters qui vous ressemblent ! 

Séléctionnez vos newsletters

(*) Informations indispensables

Les données recueillies par RF sont destinées à l’envoi par courrier électronique de contenus et d’informations relatifs aux programmes, évènements et actualités de RF et de ses chaînes selon les choix d’abonnements que vous avez effectués. Conformément à la loi Informatique et libertés n°78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, ainsi qu’au règlement européen n°2016-679 relatif à la protection des données personnelles vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition et de portabilité sur les données vous concernant ainsi qu’un droit de limitation du traitement. Pour exercer vos droits, veuillez adresser un courrier à l’adresse suivante : Radio France, Délégué à la protection des données personnelles, 116 avenue du président Kennedy, 75220 Paris Cedex 16 ou un courriel à l’adresse suivante : dpdp@radiofrance.com, en précisant l’objet de votre demande et en y joignant une copie de votre pièce d’identité.

Conformément aux dispositions susvisées, vous pouvez également définir des directives relatives à la conservation, à l'effacement et à la communication des données vous concernant après votre décès. Pour cela, vous devez enregistrer lesdites directives auprès de Radio France. A ce titre, vous pouvez choisir une personne chargée de l’exécution de ces directives ou, à défaut, il s’agira de vos ayants droits. Ces directives sont modifiables à tout moment.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter vos droits sur le site de la CNIL