Sous les masques, la musique

Mardi 12 janvier 2021
Sous les masques, la musique | Maison de la Radio
Comment peut-on être persan ? se demandait Montesquieu. Comment peut-on jouer masqué ? se demande le mélomane.
 

La question du masque a fait son apparition, à Radio France, pendant le cycle de concerts « Le Temps retrouvé » qui a donné, en juin, le signal de la fin du premier confinement. À partir d’octobre, le virus reprenant de la vigueur, le masque est devenu obligatoire pour les instrumentistes à cordes. « Certains se plaignent que le masque produise de la buée sur les lunettes, empêche de bien respirer, remonte sur les yeux, rende difficile la lecture de la partition, mais nous nous sommes habitués », dit You Jung Han, violoniste à l’Orchestre National de France. Qui ajoute : « Pour nous donner les doigtés et les coups d’archet, habituellement, on chuchote, on comprend à partir de la forme de la bouche ; aujourd’hui, avec le masque, on ne se comprend plus. »

Louise Grindel est violoniste à l’Orchestre Philharmonique de Radio France ; elle confirme : « Le masque modifie la vision qu’on a de l’archet. On voit moins bien la mèche par rapport à la touche ou au chevalet, ce qui influe sur la manière d’attaquer la corde. Et si on bouge la tête pour être près de l’instrument, le masque bouge. »

« Pour moi, la gêne est respiratoire et surtout mentale, car la musique passe par le visage, par l’expression ; c’est comme si on avait les mains liées ! raconte Renaud Guieu, violoncelliste au Philhar. Mais finalement, la distance me gêne plus que le masque. Au lieu d’être deux par pupitres, chacun a désormais sa partition en face de soi afin de ne pas toucher la partition de l’autre. Or, à deux par pupitre, notre position est moins confortable, nous avons moins de place, mais nous jouons plus collectivement. Seul, on ne partage pas avec son voisin. » Alexandre Giordan, violoncelliste au National, confirme : « À un par pupitre, il y a moins de complicité. » Un avis que nuance You Jung Han : « On entend moins bien les autres mais on s’entend mieux, soi. » La solution ? « Il faut compenser, être plus réactif, s’adapter comme on s’adapterait à l’acoustique d’une nouvelle salle », dit Alexandre Giordan. « J’ai tendance à jouer moins fort pour entendre les autres, alors qu’habituellement on se cale, pour jouer ensemble, sur la respiration des autres », précise Louise Grindel.

Le problème du chef doit-il être lui aussi masqué ? « Au début, Cristian Măcelaru faisait les répétitions avec un masque et un micro, maintenant il n’en porte plus », raconte You Jung Han. « C’est qu’il est difficile de parler masqué pendant des heures ! », ajoute Alexandre Giordan. Côté Philhar, « Mikko Franck dès le début était masqué, lors des répétitions et des concerts. Or, beaucoup de choses viennent de la respiration du chef, par exemple quand il fait partir les vents ; avec le masque, on ne voit rien », explique Renaud Guieu.

Et le public ? « Ce qu’il y a de plus dur dans les sacrifices, c’est la salle vide ! s’exclame Alexandre Giordan. Mais nous avons l’antenne, c’est une chance et un luxe de jouer dans des orchestres de radio. Quand la salle est à moitié remplie, si les gens sont bien répartis, on n’a pas l’impression d’une demi-salle. »

Se greffe là-dessus la question de la tenue : « Quand nous n’avons pas nos costumes et qu’il n’y a pas de public, nous avons l’impression de faire le programme et voilà tout, il n’y a pas la même montée d’adrénaline », avoue Louise Grindel. « Un soir qu’il n’y avait ni public, ni caméra, j’ai fait pour la première fois un concert en jean, raconte Renaud Guieu. Depuis qu’il y a de nouveau du public, nous n’avons pas pour autant accès aux loges. C’est pourquoi nous ne portons pas l’habit avec la queue de pie ; il faut arriver avec son costume noir. Ce qui a d’ailleurs lancé le débat : faut-il changer l’habit ? Peut-être, mais un nouvel habit sera démodé au bout de quelques années, alors que la queue de pie est intemporelle. »

L’important, au bout du compte, est de jouer : « Maintenant que les concerts ont lieu sans entr’acte, le public vient pour nous écouter et non plus uniquement pour passer une bonne soirée », estime You Jung Han. Renaud Guieu a participé au premier concert du cycle « Le Temps retrouvé », le 6 juin. Il se souvient : « Kent Nagano était ému. On s’est demandé comment faire passer l’idée de métamorphose et comment métamorphoser le confinement. Voilà longtemps que je n’avais pas ressenti une telle émotion. Quand Ji-Yoon Park a joué Spiegel im Spiegel d’Arvo Pärt, il y avait une de ces tensions ! »

Le fluide musical est aussi un fluide électrique.
 
Propos recueillis par Christian Wasselin
 
 

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