Un concerto signé Korngold

Mercredi 12 août 2015
Un concerto signé Korngold | Maison de la Radio
Non, Korngold n’a pas écrit que La Ville morte et des partitions pour le cinéma ! Le 25 septembre, Vilde Frang jouera son Concerto pour violon et orchestre sous la direction de Mikko Franck.

GUSTAV MAHLER reçut un beau jour de 1906 une visite étonnante : celle du jeune Erich Korngold (neuf ans !), venu jouer avec son père une cantate de sa composition. « Mahler était appuyé au piano, manuscrit en main, et suivait le texte, raconte le père. Mais il ne resta pas longtemps immobile et se mit à arpenter la pièce de long en large, avec le rythme boiteux qu’il adoptait lorsqu’il était agité. Et il répéta plusieurs fois : “Un génie !” ». Le père du jeune Erich, lui-même élève de Bruckner, croyait en la bonne étoile de son fils et avait choisi de lui donner un second prénom particulièrement évocateur : Wolfgang.
 
Erich avait le profil d’un enfant prodige. Il fut notamment l’élève de Zemlinsky, composa de la musique de chambre et plusieurs opéras (Der Ring des Polykrates, Violenta), fut remarqué par Richard Strauss et Puccini, et connut la réussite définitive avec Die tote Stadt (La Ville morte, 1920), opéra fantastique qui se passe dans les brumes de Bruges et fait apparaître le fantôme d’une femme aimée.*
 
Il passa ensuite une grande partie de sa vie à Hollywood, où il s’installa en 1936. Il y mena une seconde carrière de compositeur (au service, cette fois, du cinéma) et y mourut en 1957 après avoir vécu quelques années à Vienne (de 1949 à 1955) et tenté de renouer le lien avec le monde musical. Mais il était trop tard : treize ans d’éloignement, la guerre, l’influence de Schönberg avaient fait de lui un musicien hollywoodien, un compositeur de musiques de film, bref, quelqu’un qu’on ne prenait plus au sérieux.
 
Créé par Heifetz, qui dit mieux ?
 
Le Concerto pour violon et orchestre (qui suit un concerto pour piano et précède un concerto pour violoncelle), que Korngold mit huit ans à composer (de 1937 à 1945) et qu’il dédia à Alma, la veuve de Mahler, ne reçut pas pour autant un accueil très favorable de la critique, alors qu’il enthousiasma le public américain. (Il fut créé le 15 février 1947 à Saint-Louis par Jascha Heifetz sous la direction de Vladimir Golschmann.) Il faut dire que son appareil thématique puise sans complexe dans le vivier des thèmes écrits par Korngold pour différents films : Another Dawn et Juarez pour le premier mouvement, Anthony Adverse pour le deuxième, The Prince and the Pauper pour le finale. Démarche assez cavalière en une année (1945) où la Seconde école de Vienne et la technique dodécaphonique semblaient indiquer la voie à suivre. Alors que Korngold avait annoncé que sa partition s’adressait davantage « à un Caruso du violon qu’à un Paganini », c’est-à-dire qu’il insistait pour que l’interprète fasse chanter sa musique, un jeu de mot peu amène fit dire à certains que ce concerto était fait « more corn than gold », autrement dit : « plus de maïs que d’or ».
 
Korngold reste là fidèle à sa manière : harmonies chatoyantes, facilité mélodique, orchestration transparente (avec une section de percussions abondante, assez rare dans un concerto, mais utilisée avec discrétion). Le violon solo prend immédiatement la parole et ne la quittera pratiquement pas de tout le premier mouvement, qui s’épanche et s’anime tour à tour jusqu’à une abrupte coda. Les bois ouvrent la Romance, mais très vite le soliste mène le jeu. Le lyrisme ici est roi, mais le mouvement glisse peu à peu dans une atmosphère rêvée, nocturne, avec des bois furtifs qui rappellent lointainement l’atmosphère de La Ville morte. Caruso et Paganini se disputent le finale, qui des trois mouvements est celui qui se souvient le plus de ses origines cinématographiques ; mouvement virtuose sans histoire qui conduit à une rapide coda sans que le soliste ait plus d’une seconde relâché son attention.
 
Christian Wasselin
 
* Mikko Franck dirigera cet opéra le 30 janvier prochain, dans l’Auditorium de la Maison de la radio, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.
 
Le concert du 25 septembre sera diffusé en direct sur France Musique.

 

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