Les chants de loin : un projet artistique original de la Maîtrise de Radio France

Les chants de loin : un projet artistique original de la Maîtrise de Radio France  | Maison de la Radio

Avec ces Chants de loin, la Maîtrise de Radio France apporte un joli témoignage sur le pouvoir de la musique et sa capacité à rassembler au­-delà des obstacles et de l’éloignement.
 
Les quatre créations musicales diffusées tout au long du mois de juin 2020 sur le site et la chaîne Youtube de France Musique, sont le fruit d’un travail nourri par l’énergie créatrice des enfants et la nécessité de continuer à entretenir les liens qui unissent la Maîtrise de Radio France avec la musique et le public.

Sous l’impulsion et la coordination artistique de Morgan Jourdain, directeur adjoint de la Maîtrise de Radio France, l’idée s’est imposée de transformer les contraintes du confinement et de l’éloignement imposé, pour promouvoir le vivant : continuer à créer, pratiquer et diffuser la musique, en s’appuyant d’une part sur les grandes capacités d’adaptation des élèves de la Maîtrise, mais également sur les compétences des équipes techniques de Radio France et du porte­voix que constituent le numérique et les réseaux sociaux.

Plusieurs compositeurs ­ Pauline Marchand – Vincent Manac’h – Pierre Cholley et Joséphine Stephenson ­ ont été sollicités afin d’écrire pendant cette période inédite une œuvre nouvelle. À ces musiques originales les membres de la Maîtrise ont prêté leur voix, et aux chorégraphies de Martin Grandperret, leur visage et leur corps, sans oublier la complicité du pianiste Bruno Perbost. Tout ce travail a été réalisé à distance.

Il ressort de cette fantastique mobilisation quatre petites pépites musicales et visuelles tout à fait originales interprétées par la Maîtrise de Radio France, à découvrir ici.
 

TROIS CHOSES

Musique de Pauline Marchand sur un texte de Fernando Sabino poète brésilien, extrait de O encontro marcado (Le rendez-vous convenu)

Pauline Marchand : « Trois choses est un texte magnifique et bouleversant que Morgan Jourdain m’a proposé de mettre en musique afin d'en faire un manifeste musical à destination des chanteuses et chanteurs de la Maîtrise de Radio France plongés, comme tous les acteurs des arts vivants, dans une incertitude totale. Afin de laisser aux mots de ce poème leur force propre, j’ai opté pour une écriture polyphonique très simple qui souligne avec caresses une mélodie douce et rassurante, mouvante à travers chacune des trois voix du choeur comme pour les relier malgré leur éloignement. Basée sur la rythmique immuable du piano qui évoque le déroulement perpétuel du temps, Trois choses passe progressivement d’une mélancolie propre au doute à la certitude confiante et retrouvée d'un monde où tout reste possible ».

TROIS CHOSES

De tout, il resta trois choses :
la certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu'il fallait continuer,
la certitude que cela serait interrompu
avant que d'être terminé.
Faire de l'interruption un nouveau chemin,
faire de la chute un pas de danse,
faire de la peur un escalier,
du rêve, un pont,
de la recherche...
une rencontre.


LES MARINS

Musique et texte de Vincent Manac’h

Vincent Manac’h : « Écrire au loin pour des enfants chantant de loin. C’est la chance que Morgan Jourdain m’a lancée en avril dernier d’un îlot de solitude à l’autre. J’ai tout de suite pensé à un prolongement des Chansons de la pointe composées pour la Maîtrise de Radio France en 2013, une nouvelle fois pollinisé par des thèmes populaires bretons, mais cette fois-ci soumis aux contraintes d’ l’éloignement. Er voraerian (Les marins) est la première achevée de quelques Chansons de loin qui se sont esquissées ces dernières semaines. C’est l’harmonisation modale très simple d’une vieille chanson de marins, une autre histoire de solitude où la musique, comme une bouteille jetée à la mer, tente, à l’aveugle, de renouer le lien rompu.A l’image de ce marin seul dans la nuit face au vent, des enfants lancent leur chant ».

Le texte de la chanson signée Vincent Manac'h :

La vie des matelots est triste en ce monde,
Voguant sur ce vaisseau sous la pluie et sur l’onde.
Gagner sa vie en mer, trois sous pour un bout de pain,
Il faut quitter la terre et s’en aller au loin

Ils disent : « Au revoir », les voilà partis en mer,
Agitant leur foulard, ils ont le cœur amer.
« Hardi les gars, tirons ! Ayons le cœur à l’ouvrage.
Creusons notre sillon, aiguisons notre courage ! »

Perdus dans l’océan face à la solitude,
Les embruns et le vent, les marins ont la vie rude.
Et très fort dans les voiles, le vent du large gronde ;
Devançant les étoiles, le crépuscule tombe.

Et quand minuit sonnant il faut prendre le quart,
Encore tout somnolant, détournant le regard,
Seul, rêvant au pays, le marin face au vent
Chantonne dans la nuit cet air si tristement.

Eia, eia…


OCTOBRE, NOVEMBRE

Musique de Pierre Cholley sur un texte extrait de Battre la campagne de Raymond Queneau

Pierre Cholley: « Quand Morgan Jourdain m’a proposé d’écrire une pièce pour la maîtrise confinée, l’idée m’a tout de suite enthousiasmé. Déjà parce que cela exigeait de la part des jeunes chanteurs, du pianiste et de leur chef une véritable prouesse technique, chacun étant isolé chez soi. Ensuite, pour l’aspect innovant qui exige du compositeur de concevoir une partition non pas comme la trame d’un rassemblement de chanteurs mais comme un faisceau de chemins qui se rejoignent dans l’au-delà de la salle de concert, dans l’imaginaire radiophonique. 

En mettant en musique le texte "Octobre, Novembre"  extrait de l'œuvre "Battre la Campagne" de Raymond Queneau, j’avais envie aussi de faire partager une poésie qui gagne à être mieux connue. Et je me réjouis de faire chanter Queneau pour la quatrième fois à la maîtrise.  L’originalité de sa poésie ? Son insolence tranquille, ni complètement en vers, ni complètement en prose, à la fois moderne et surannée, intemporelle en sorte, faite de mots simples qui tantôt claquent, tantôt caressent ; Queneau, l’humour au coin des lèvres, marche dans une joviale insouciance sur l’équilibre d’une ligne de crête, entre deux abîmes de sérieux. C’est peut-être aussi cela, la poésie.»

OCTOBRE, NOVEMBRE

Dans l’automne rougeâtre
pend une poire à l’espalier
il commence à faire frais le soir
c’est la rentrée des écoliers

il tombe des feuilles mortes
on chantonne mélancolique-
ment en balayant devant sa porte
on dirait même qu’il va pleuvoir

les hirondelles volent rase-mottes
de plus en plus de feuilles mortes
les dernières fleurs se sont éteintes
la poire prend brune teinte

puis elle choit non cueillie
poire blette poire pourrie
elle devient un peu de boue
les feuilles mortes couvrent tout

l’automne rougeâtre s’incline
devant la menace du temps
il fait doucement ses valises
doucement tout doucement

(Raymond Queneau, Battre la campagne, Gallimard, 1968)


PONTS

Musique de Joséphine Stephenson sur un texte d’Antoine Thiollier

Joséphine Stephenson : « J’étais ravie de l’invitation de Morgan Jourdain à écrire une petite carte postale musicale pour les maîtrisiens en ces temps étranges. J’ai décidé de profiter des circonstances inédites et du fait que le projet soit enregistré pour réaliser un morceau un peu plus pop qu’à mon habitude, avec un simple accompagnement électronique, dont la froideur de son se mariait bien à mon sens à la situation actuelle, et laissait surtout la place de l’expressivité aux voix des chanteurs ainsi qu’à leur mots. 

Pour le texte j’ai fait appel à Antoine Thiollier, avec qui je collabore régulièrement depuis des années, en lui lançant l’idée de « pont », qui me semblait la meilleure image à évoquer pour allier les maîtrisiens isolés. Il en a écrit un magnifique petit poème que j’ai immédiatement trouvé très juste, et à partir duquel la musique a plus ou moins coulé de source. »

Antoine Thiollier s'est inspirée de Rimbaud pour ce texte : « Il y a dans les Illuminations de Rimbaud un très beau poème qui porte le titre “Les Ponts”. J’en ai gardé les couleurs contrastées, la forme des structures. J’ai conçu à ma façon une petite bulle philosophique qui dérape non sans malice dans le casse-tête poétique de la dernière phrase. Un vrai cul de sac qui enferme la pensée en cercle. Je trouve que Joséphine a rendu parfaitement en musique ces circonvolutions et cette énigme finale.»

PONTS

Que ne sommes-nous ponts
Qui, ponts, brassent les rivières ?
Larges ponts, qui passent
Ponts rouges, ponts verts,
Ponts tous longs et légers ;
Facile à la rive
Arriver.
Et l’eau qui nous sépare
Sépare désormais ce qui n’est plus nous.

 

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