Une petite messe alla Rossini

Mardi 25 novembre 2014
Une petite messe alla Rossini | Maison de la Radio
Le 9 décembre, le Chœur de Radio France chante la Petite messe solennelle de Rossini dans sa version la plus dépouillée : sans orchestre, avec deux pianos et un harmonium.

Composée en 1863, la Petite messe solennelle est l’œuvre la plus importante de la dernière période de Rossini, c’est-à-dire… de ses quarante dernières années ! Depuis son Guillaume Tell de 1829, le musicien s’est en effet officiellement retiré de la vie musicale, et coule une retraite paisible. Mais à soixante et onze ans, il reçoit commande d’une messe par le comte Pillet-Will, qui souhaite consacrer la chapelle privée de son épouse, dans son hôtel particulier de la rue Moncey, dans le 9e arrondissement de Paris.
 
À Passy, où il réside depuis 1855, le glorieux compositeur élabore la partition, « petite » par son absence de pompe et son effectif (quatre solistes, un chœur mixte, deux pianos et un harmonium), « solennelle » toutefois par ses dimensions et sa ferveur. Rossini n’avait qu’assez peu pratiqué la musique religieuse dans sa carrière : des messes de jeunesse, la Messa di gloria de 1820, le Stabat Mater de 1833 et quelques chœurs dans les années 1840. Avec une modestie sans doute un peu feinte, il parlera de sa dernière partition d’envergure comme d’une « petite composition qui est hélas le dernier péché mortel de ma vieillesse » – en référence aux « Péchés de vieillesse », ainsi que Rossini nomma les 150 miniatures pianistiques et vocales qu’il composa à partir de 1857.
 
La Petite messe solennelle est créée en la chapelle privée des Pillet-Will, le 14 mars 1864, par des chanteurs du Théâtre Italien : Carlotta et Barbara Marchisio, Italo Gardoni et Luigi Agnesi. À l’harmonium, le tout jeune Albert Lavignac (futur professeur au Conservatoire de Paris, encore célèbre de nos jours pour son guide wagnérien Le Voyage artistique à Bayreuth). L’élite musicale parisienne est présente – dans le public se trouvent notamment les compositeurs Meyerbeer, Auber et Ambroise Thomas.
 
La mauvaise foi de Verdi
 
Un critique italien dépêché à Paris rend compte dans La perseveranza : « Cette fois, Rossini s’est surpassé lui-même, car personne ne saurait dire ce qui l’emporte de la science ou de l’inspiration. La fugue est digne de Bach pour l’érudition ». Au même moment, Verdi se montre plus sceptique devant la volonté de son aîné d’écrire de la musique contrapuntique : « Rossini, ces derniers temps, a fait des progrès et a étudié ! Étudié quoi ? Pour ma part, je lui conseillerais de désapprendre la musique et d’écrire un autre Barbier de Séville », ironise-t-il auprès du comte Arrivabene.
 
Deux autres fois du vivant de Rossini, la Petite messe solennelle sera exécutée, en avril 1865 notamment, à nouveau pour les Pillet-Will – mais jamais dans un contexte sacré, les autorités ecclésiastiques (jusqu’au Pape Pie IX) refusant de passer outre l’interdiction des voix de femmes dans la musique religieuse.
 
En 1867, Rossini orchestre sa partition, préférant sans doute se charger lui-même de ce qui doit arriver tôt ou tard. Cette version de l’œuvre sera créée six mois après la mort du compositeur, puis donnée à nouveau en février 1869, à l’occasion du 77e anniversaire de sa naissance. Jusqu’à aujourd’hui, c’est toutefois la première version de la partition, destinée à un effectif restreint, qui demeure la plus jouée.
 
Chœurs religieux, bel canto et autres trouvailles
 
Deux grandes parties structurent la Petite Messe solennelle : d’une part les « Kyrie » et « Gloria », d’autre part le « Credo ». Chacune compte sept sections. L’œuvre frappe par son expression simple, intimiste, autant que par sa diversité stylistique et son intarissable invention. Derrière la clarté des formes et l’effectif instrumental restreint, Rossini fait montre d’une formidable maîtrise. En un éclectisme audacieux, alternent chœurs religieux, bel canto, piano romantique, style fugué, harmonie chromatique, le tout émaillé d’innombrables trouvailles. Ici un accent poignant, là un motif singulier ou une modulation inattendue. L’inspiration mélodique est toujours aussi abondante chez le musicien de L’Italienne à Alger.
 
Après avoir achevé sa Petite messe solennelle, Rossini ne composa plus que quelques « Péchés de vieillesse » et pièces de circonstance. Il ne fait aucun doute que la partition constitue son testament musical. Dans sa postface, le compositeur s’amusait à demander pardon au Seigneur de l’avoir quelque peu oublié au cours de sa carrière : « Bon Dieu. La voilà terminée, cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire, ou bien de la sacrée musique ? J’étais né pour l’opéra buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde-moi le Paradis ».
 
À l’écoute de cette œuvre aussi fervente qu’attachante, tout sauf « petite », on est bien certain que le musicien fut exaucé.
 
Nicolas Southon

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